Longtemps considérée comme marginale, son œuvre a été injustement occultée. Ce n’est qu’après la mort de Toyen, en 1980, à la faveur des enchères organisées pour régler sa succession, que ses toiles ont, enfin, retrouvé la lumière. Née Marie Cerminova en 1902, dans la banlieue ouvrière praguoise, l'artiste a traversé le XXe siècle avec la liberté pour seul guide. Après avoir brièvement étudié la peinture à l’École des arts et métiers de Prague, elle s’émancipe d’emblée des diktats académiques pour tracer son chemin en autodidacte. Proche des anarcho-communistes et membre du groupe d’avant-garde tchécoslovaque Devetsil, elle fonde avec son ami peintre Jindrich Styrsky "La revue érotique", dans laquelle elle publie ses premiers dessins érotico-humoristiques. À partir de 1925, ils passent quatre ans ensemble à Paris, où ils inventent un nouveau style pictural, l’"artificialisme", et fréquentent les surréalistes : Philippe Soupault, qui rédige la préface du catalogue de la première exposition de Toyen à la galerie Vavin, Paul Éluard, qui comme beaucoup d’autres en tombe – vainement – amoureux, et surtout André Breton, avec lequel elle nouera une amitié indéfectible. Fuyant la Tchécoslovaquie, en passe de basculer sous le joug communiste, Toyen s’installe définitivement en France avec son compatriote et ami, le poète Jindrich Heisler, en 1947. Malgré d’âpres difficultés financières, elle y poursuivra, inlassablement, ses recherches picturales.
Imaginaire fertile
Coupe à la garçonne, costume d’homme et regard frontal : dès sa jeunesse, Toyen s’est démarquée des canons de la féminité pour s’imposer dans le monde masculin de l’avant-garde artistique européenne du XXe siècle. Avide de voyages et de liberté, féministe avant l’heure, la pionnière du surréalisme tchèque, peu diserte sur elle-même et son travail, a puisé les motifs de son œuvre dans un imaginaire fertile : des illusions visuelles oniriques et poétiques, des créatures chimériques ou encore des figures naïves aux détails exotiques ou à connotations érotiques, qui, depuis leur redécouverte, s'arrachent à prix d’or dans les salles des ventes. Pour retracer sa trajectoire singulière, Andrea Sedlackova réunit des archives rares, des témoignages de proches ainsi que les éclairages d’historiens de l’art, de galeristes et de collectionneurs, parmi lesquels le commissaire-priseur Jean-Claude Binoche et l’écrivain Dominique Rabourdin.