"Une femme honnête, c'est celle dont on ne connaît même pas le nom", se gaussait au IVe siècle avant J.-C. Démosthène, homme d'État acquis au patriarcat. La Grèce antique, inventeuse de la démocratie, fut aussi une véritable "machocratie", en accord avec ses croyances conférant au phallus un pouvoir magique. Au Moyen Âge, l'élite cléricale pare la domination masculine d'habits neufs, sans jamais en modifier l'essence. À la Renaissance, changements cosmétiques : la force cède la place à la prestance, mais le carcan systémique ne se desserre pas. Au XIXe siècle, la masculinité est largement influencée par l'expansion coloniale, et réinvente le surhomme en opposition aux peuples qu'elle soumet. L'âge d'or du capitalisme, qui fait de l'appropriation et de la compétition pour les biens le moteur principal des sociétés, enfonce le dernier clou dans le cercueil de l'égalité des sexes. Quant au futur, il n'est en la matière pas bien rose… Quelle que soit l'époque, pour mériter ses entrées dans le club très fermé de l'élite patriarcale, il faut suivre un script préétabli, physique et moral, et s'interdire tout pas de côté sous peine de disqualification immédiate.
L'origine du mâle
Comment la domination masculine s'est-elle établie et légitimée dans les sociétés patriarcales ? Quelles sont les lois explicites et les règles tacites qui ont assuré sa longévité à travers les siècles, sous différents avatars ? Et comment se fait-il que, dans ce domaine, nous soyons aujourd'hui aussi loin d'être tirés d'affaire ? Dans ce documentaire caustique, historiens, historiennes et sociologues brossent le portrait d'un empire aux multiples visages qui ne cesse de se réinventer pour garantir sa survie, et qui tient prisonniers jusqu'aux hommes dont il proclame la supériorité.