Une « frappe signature » : pas un visage, une silhouette, un mouvement jugé suspect à des milliers de kilomètres. Un homme portant un outil devenait un combattant, un mariage un rassemblement hostile. Sous ce bourdonnement permanent, les gens ont cessé de se rassembler et les enfants de jouer dehors. Ce que j'ai vu là-bas n'était qu'un commencement. Le drone qui coûtait des millions coûte aujourd'hui quelques centaines d'euros ; il s'assemble et se pilote avec un casque et une manette. En Ukraine, en Iran, à Gaza, ils sont des milliers chaque jour à observer, corriger les tirs, frapper et à permettre aux plus faibles de détruire des cibles infiniment plus coûteuses.La guerre n'est plus menée depuis l'autre bout du monde, mais depuis la tranchée d'en face, par des drones. Je repense souvent à Rafiq, à ce visage entre ses mains : depuis le sol, cette guerre raconte toujours la même histoire, un bruit, une attente, une peur que l'on ne peut ni voir ni arrêter. Saurons-nous encore regarder le ciel sans avoir peur ?