Le scénario est bien souvent le même : les maris ou les petits copains s’improvisent agents ou entraîneurs et en profitent pour s’accaparer tous leurs biens. Si les femmes résistent ou se rebellent, les coups pleuvent. En quelques années, trois athlètes de niveau international – dont Agnès Tirop, détentrice du record mondial du 10 kilomètres – ont été assassinées au Kenya. Ces cas ont été les plus médiatisés d’un phénomène qui gangrène tout le monde de la course à pied et au-delà, toute la société kényane. Pour dénoncer cette violence, Joan Chelimo, une coureuse, elle-même victime d’abus, a créé une association pour aider les sportives à reprendre le contrôle de leur vie et de leurs gains.
Une équipe d’Arte Reportage est allée à la rencontre de ces femmes à Iten, dans le Nord-Est du Kenya. Cette petite ville, perchée sur un plateau à 2500 mètres d’altitude en surplomb de la vallée du Rift, est considérée comme la capitale mondiale de la course à pied. Des milliers de coureurs professionnels, venus du monde entier, s’entraînent tous les jours. Avant même le lever du soleil, ils et elles enchaînent les kilomètres dans la vallée du Rift, le berceau de l’humanité. Difficile d’imaginer que ce cadre de vie ascétique et bucolique se transforme régulièrement en scène de crime.