Don Gresham, séduisant architecte new-yorkais d'une trentaine d'années, rencontre Patty O'Neill, une aspirante actrice, au sommet de l'Empire State Building. Tombant sous le charme de cette demoiselle volubile, directe et spontanée, il l'invite à dîner chez lui. Patty accepte, consciente des risques qu'implique une telle situation, mais déterminée à maîtriser le jeu de la séduction. Or voilà que surgit la jolie voisine du dessus, qui n'est autre que l'ex-maîtresse de Don, bientôt suivie par le père de celle-ci, un dandy riche et raffiné, dont l'attirance pour les jeunes femmes délurées n'a d'égal que son vif penchant pour la bouteille... Sans jamais se départir de son ingénuité, Patty va leur damer le pion.
Le code de censure dynamité
Aujourd'hui un peu oubliée, faisant figure d'œuvre mineure dans la filmographie d'Otto Preminger, La lune était bleue provoqua un véritable scandale dans l'Amérique puritaine de1953, dynamitant le fameux code de censure "Hays" en vigueur à Hollywood depuis 1934. Devenu son propre producteur et soutenu par United Artists, Preminger est le premier cinéaste à sortir un film en salle sans le visa d'approbation d'une censure vent debout contre un tel sujet, ou l'emploi d'expressions telles que "vierge professionnelle"… Pour le maître d'origine autrichienne, qui a fait ses armes au théâtre à Vienne auprès de Max Reinhardt, au début des années 1930, il s'agissait avant tout d'adapter à l'écran une pièce populaire que lui-même avait créée à Broadway. Si l'audace des dialogues paraît à présent un peu désuète et bien que l'héroïne, toute transgressive qu'elle soit, assume avec le plus grand naturel les tâches ménagères (cuisine, nettoyage) alors même qu'elle est l'invitée, l'humour de cet élégant marivaudage et la vivacité des trois principaux interprètes font toujours merveille. Autour de la gracile et pétillante Maggie McNamara, qui avait déjà joué Patty sur scène à Chicago, William Holden laisse affleurer une certaine vulnérabilité sous des dehors virils, tandis que l'Anglais David Niven se montre absolument parfait en play-boy vieillissant et amoral, ce qui lui valut le Golden Globe du meilleur acteur en 1953. À souligner : l'apparition finale des deux interprètes de la version allemande, Die Jungfrau auf dem Dach, qu'Otto Preminger tourna en parallèle de la version américaine.