En pleine guerre froide, le président des États-Unis, à la santé fragile, soucieux de maintenir le dialogue avec l’URSS, veut nommer le diplomate progressiste Robert Leffingwell au secrétariat d’État aux Affaires étrangères contre l’avis des conservateurs. Vieux briscard rompu à toutes les (basses) manœuvres politiques, Seabright Cooley, un sénateur sudiste, orchestre alors une machination pour l’en empêcher, en dévoilant les antécédents communistes du haut fonctionnaire.
Univers impitoyable
Avec Tempête à Washington, film choral et ironique aux dialogues d’une réjouissante éloquence, Otto Preminger analyse en entomologiste les ressorts obscurs de la démocratie américaine, gangrenée par l’obsession de la guerre froide et la chasse aux sorcières. Passant avec fluidité de la scène politique à la sphère intime, des joutes oratoires de la commission d’enquête du Sénat aux conflits intérieurs de ses protagonistes, le cinéaste orchestre un formidable suspense, en restituant la complexité des enjeux, et livre une critique rigoureuse des mécanismes du pouvoir aux États-Unis. Dans cet univers impitoyable, tous les coups sont permis. Un sénateur est poussé au suicide par un maître-chanteur menaçant de révéler l’aventure homosexuelle de ses jeunes années. "À l'époque, tourner un film sur ce sujet équivalait à trahir le système américain", confiait Otto Preminger. Un grand film porté par des acteurs de haut vol, à commencer par Charles Laughton (La nuit du chasseur) dans son dernier rôle, épatant en sénateur sudiste aussi badin que redoutable.