En 1939, au Vatican, alors que la guerre qui ravage l'Europe place l'Église au-devant d'un choix crucial, l'évêque américain Stephen Fermoyle est ordonné cardinal. Durant la cérémonie, il se remémore les grandes étapes de sa vie : ses débuts de prêtre dans le Massachusetts, troublés par un drame familial, sa reconversion comme professeur et sa rencontre avec une étudiante autrichienne, son retour au sacerdoce et son ascension comme diplomate au sein de la hiérarchie romaine, son engagement auprès d'un prêtre noir américain, et enfin son action face aux compromissions d'une partie de l'Église européenne avec les nazis…
Différents visages de l'Église
Peu après Autopsie d'un meurtre et Tempête à Washington, Otto Preminger s'attaquait à dépeindre les rouages d'une autre institution d'envergure, l'Église. Son intention avouée était de l’aborder comme une organisation politique, et de dénoncer sa position complaisante lors de l'annexion de l'Autriche – son pays d'origine – par Hitler. L'ironie mordante des deux précédents films laisse ici place à un regard empreint d'une calme gravité. Fresque historique aux décors spectaculaires, Le cardinal est aussi une fine étude psychologique qui s'attache à montrer les doutes d'un jeune intellectuel, entré dans les ordres pour obéir à la tradition familiale, que sa rigueur morale et son ambition vont pousser à de lourds sacrifices, mais aussi à de nobles engagements. La critique de l'institution évite la charge trop frontale, se déployant de manière subtile en présentant différents visages de l'Église, rarement angéliques. Parmi les interprètes, on retient la présence forte de John Huston en prélat réaliste et humain, et d'une émouvante Romy Schneider. L'inconnu Tom Tryon, qui interprète Stephen Fermoyle, trouve là le rôle de sa vie. Malmené par Preminger, il abandonnera cependant bientôt le cinéma pour devenir écrivain.