À Londres en 1979, Maurice Castle mène depuis des années une carrière de bureaucrate routinière et sans éclat. Employé aux affaires africaines du renseignement britannique, il rentre tous les soirs dans son cottage, à une heure de train de la capitale, pour y retrouver Sarah, sa femme noire sud-africaine, rencontrée durant ses années en poste à Pretoria sous le régime de l'apartheid, et leur fils. Un jour, un nouveau venu, le colonel Daintry, lance une enquête interne sur des fuites au profit de Moscou émanant du bureau que Castle partage avec son jeune et impatient collègue, Arthur Davis. Les ombres du passé de cet homme paisible resurgissent alors.
Dernier appel
Ultime et méconnu long métrage du réalisateur de Laura, après une dizaine d'années marquées par des échecs monumentaux, tant artistiques que commerciaux, cette adaptation d'un roman contemporain de son ami l'écrivain britannique Graham Greene permit à Otto Preminger de revenir à son meilleur. La sobriété de sa mise en scène, accentuée par le manque de moyens financiers – le cinéaste fut contraint de vendre certains de ses tableaux pour pouvoir achever son film – restitue avec une acuité quasi-documentaire le quotidien monotone mais chaleureux de son antihéros, ce qui rend d'autant plus poignant le contraste avec le monde glacial et machiavélique de ses supérieurs à l'esprit perverti par la guerre froide. Face à la fine fleur des comédiens britanniques, de Richard Attenborough à Derek Jacobi, avec une mention spéciale pour la prestation tout en cruauté onctueuse et en cynisme de Robert Morley, la superbe top-modèle Iman, future épouse de David Bowie, faisait ici des débuts d'actrice un peu maladroits (Otto Preminger était connu pour sa tyrannie envers des interprètes inexpérimentés et peu sûrs d'eux). Venant clore une œuvre magistrale vouée à l'exploration des comportements humains, ce film intimiste, mélancolique et crépusculaire ne trouva pas son public. Il résonne aujourd'hui comme un dernier appel sans réponse du cinéaste, à l'image de son splendide générique, un combiné de téléphone suspendu, signé par Saul Bass, son complice depuis 1953.