En 1456, le roi Charles VII, qui n'arrive pas à dormir, voit celle à qui il doit sa couronne lui apparaître : Jeanne d'Arc, venue le sauver dix-sept ans plus tôt de sa position méprisable d'héritier dépossédé et moqué de tous. Contre toute attente, l'humble bergère de Domrémy était alors parvenue à convaincre les seigneurs français, en mauvaise posture face aux Anglais et à leurs alliés bourguignons, qu'elle était l'envoyée de Dieu. Devenue cheffe de guerre, la Pucelle allait briser le siège d'Orléans et renverser le cours de la guerre de Cent Ans, jusqu'à ce que l'oublieux monarque l'abandonne aux mains de l'ennemi…
Bûcher double
En un mélange étonnant de bouffonnerie et de tragique, Otto Preminger porte à l'écran, avec le concours de son ami Graham Greene, écrivain britannique qui a signé plusieurs adaptations de talent, une pièce de George Bernard Shaw, qu'il admirait. Choisie parmi 18 000 candidates – la démesure du casting avait fait couler beaucoup d'encre outre-Atlantique –, Jean Seberg, alors âgée de 18 ans tout juste, décroche un premier rôle écrasant : sous la férule d'un cinéaste fameux pour ses colères de plateau, elle doit s'emparer d'une des héroïnes déjà les plus populaires de l'histoire du cinéma. Éreinté à sa sortie, ce film aux dialogues ciselés et, de fait, surabondants, vaut d'abord aujourd'hui pour l'élégance de son casting. Face au quatuor chevronné incarnant les hommes de pouvoir qui vont sacrifier Jeanne à leurs intérêts, la jeunesse et la vulnérabilité de l'actrice débutante touchent au cœur. Accessoirement, si Jean Seberg gardera du film le souvenir douloureux d'avoir été "brûlée au bûcher une deuxième fois par la critique", elle y a gagné la coupe de cheveux ultracourte qui fera merveille, deux ans plus tard, dans À bout de souffle.