Contrairement aux idées reçues, le confinement de 2020 dû à la pandémie de Covid-19 n'a pas représenté une rupture radicale dans la manière qu’ont les salariés d'envisager le travail. Le pacte entre ces derniers et les employeurs s'effrite en réalité depuis les années 1970, où la question de la sauvegarde de l’emploi face à l’essor du chômage prend progressivement le pas sur le sens du travail. En entreprise, et particulièrement chez les "cols blancs", les inventions managériales se succèdent pour accroître la productivité (des open spaces triomphants des années 1990 au flex office, depuis 2010), souvent au détriment de la santé mentale de ceux qui les subissent. Des innovations qui relèvent de "l'écran de fumée", selon la docteure en philosophie Fanny Lederlin : la hiérarchie s'horizontalise, mais ne disparaît pas pour autant. Elle renforce sa pression sur le salarié et organise la disparition des temps de répit ou de convivialité…
Le bout du rouleau
Dans cet état des lieux instructif de la vie professionnelle au XXIe siècle, Matthias Vaysse brosse le portrait de salariés au bout du rouleau, essorés par un actionnariat qui exerce sur eux une "pression insoutenable", selon Dominique Méda, sociologue du travail parmi d'autres experts interrogés – dont l'économiste Bernard Friot, la sociologue Marion Flécher ou la philosophe Fanny Lederlin. Cette crise du travail, qui occupe l'esprit de la hiérarchie comme des subordonnés, est illustrée par les témoignages d'anonymes, derniers rouages de la machine, et par la représentation que la culture populaire en a donné : Mad Men, Fight Club, The Office ou encore Severance, série multiprimée qui met en scène des employés condamnés à vivre éternellement dans une entreprise aux airs de Big Brother, rêvant de liberté tout en tremblant à leur bureau.