Serge Menessier est un journaliste désabusé qui travaille pour la presse à scandale. Pour l'argent, il accepte de faire un reportage sur son ex-épouse, Clara, une vedette de cinéma qui vient d'être internée dans une clinique psychiatrique à la suite d'une grave dépression. Alors qu'il tente de l'approcher, il fait la connaissance de Clo, une jeune patiente de l'établissement, qui s'attache intensément à lui. Quand, dans un accès de folle jalousie, Clo met le feu à la clinique, Serge l'aide à s'échapper et s'enfuit avec elle sur les routes…
Le monde calciné
Avant-dernier film de Jean-Gabriel Albicocco, cinéaste célébré dans les années 1960 pour avoir adapté Le grand Meaulnes, puis tombé dans l'oubli, Le cœur fou surprendra sans doute celles et ceux qui le découvriront aujourd'hui. Bien que les décors traversés par ses personnages soient ancrés dans le terroir français – en l'occurrence, les forêts, plaines et villages de Sologne –, l'imaginaire qu'il évoque nous emmène ailleurs, quelque part entre le cinéma russe et les premiers films de Terrence Malick. Balade sauvage, en effet, que celle de Serge et de Clo, la femme-enfant pyromane qui met le feu à toutes les conventions et l'homme mûr déjà brûlé par la vie. Filmée dans un état second par une caméra qui semble magnifier une vision distordue du monde, cette échappée offre une variation hallucinée sur le thème des amants maudits. Le goût du réalisateur pour l'expérimentation lui valut à l'époque force critiques, mais avec le recul du temps, le résultat apparaît aussi aventureux que maîtrisé. Il faut dire qu'au-delà des excès des personnages et des effets de style le film trouve un socle solide dans ses formidables comédiens, notamment Madeleine Robinson et Michel Auclair, lequel forme avec l'inconnue Ewa Swann un couple étrangement bancal et incandescent.