En Équateur, Rauff fait la connaissance d'un jeune officier chilien, Augusto Pinochet, qu'il retrouvera quelques années plus tard au Chili. Les dossiers de la CIA et des services secrets extérieurs ouest-allemands, le BND (Bundesnachrichtendienst), restituent avec précision son itinéraire. Recruté par ces derniers, Rauff parvient ainsi à voyager en Allemagne malgré une enquête en cours sur sa participation aux crimes nazis. Protégé par une magistrature allemande pleine d'ex-dignitaires hitlériens, il bénéficie aussi de l'indifférence d'Interpol : l'organisation, elle-même dirigée par des policiers français ayant servi le régime de Vichy, allègue que les "crimes politiques" ne la concernent pas. L'encombrant passé de Rauff, alors installé au Chili, resurgit lors du retentissant procès Eichmann, en 1961, poussant Bonn à réclamer son extradition par crainte de voir soulevées des questions gênantes. Contraintes de l'arrêter, les autorités chiliennes s'arrangent pour faire tant traîner la procédure que la loi les oblige à le libérer. En 1973, après le coup d'État de Pinochet, celui qui dirige désormais une conserverie dans la région de Punta Arenas devient le conseiller occulte de Manuel Contreras, chef de la police secrète du dictateur.
Du camp de détention pour opposants construit sur l'île Dawson aux atrocités de la Colonia Dignidad, dirigée par d'autres anciens nazis, ce second volet met en lumière le rôle de Rauff et de ses pairs dans l'archipel répressif de la junte. Après d'ultimes rebondissements, dont une tentative avortée d'exécution par le Mossad, Walther Rauff décède dans son lit d'une crise cardiaque, en 1984, à Santiago du Chili. À ses funérailles, ses derniers soutiens saluent sa disparition au cri de "Heil Hitler". Un peu plus de quarante ans après, fin 2025, le député d'extrême droite José Antonio Kast, admirateur assumé de Pinochet et fils d'un Allemand émigré ayant appartenu au parti nazi, est élu à la présidence du Chili avec plus de 58 % des voix.