Journaliste française accréditée à la Maison-Blanche et installée depuis plusieurs années à Washington D. C., Marine Pradel comprend dès la seconde investiture de Donald Trump, le 20 janvier, alors qu'il signe une série de décrets devant ses partisans extatiques, que le pays bascule dans une réalité inédite. En marge de son travail de correspondante, elle entreprend alors de filmer au jour le jour les différents visages d'une postdémocratie qui s'installe au pas de charge.
Juste distance
Dans une capitale qui a voté à 92,5 % pour Kamala Harris quelques mois plus tôt, l'ICE, la police fédérale de l'immigration, se lance dans une chasse brutale aux sans-papiers, tandis que des dizaines de milliers de fonctionnaires sont mis à pied. Dans le quartier de Marine Pradel, où vivent de nombreuses familles latino, désormais traquées jusque dans les écoles, la journaliste se mobilise avec d'autres parents – dont beaucoup de récents licenciés – pour leur venir en aide. En parallèle, elle rencontre des figures de la galaxie Maga (l'architecte Justin Shubow, la députée d'extrême droite Marjorie Taylor Greene, accusée de traîtrise par son camp, son mari, le journaliste Brian Glenn…) dont elle veut comprendre "l'obsession pour la vengeance", mais aussi des citoyennes et citoyens venus clamer leur opposition face à la Maison-Blanche – au risque, bientôt, d'être accusés de "terrorisme intérieur"… Pas de côté touchant et éloquent dans le fracas de l'actualité, son journal de bord à juste distance, filmé sur dix-huit mois, nous immerge dans un quotidien aux allures de dystopie.