Ouganda : le cinéma du bidonville
C’est dans un bidonville de Kampala qu’un studio de fortune bouscule toutes les normes du cinéma. Avec des budgets dérisoires, mais une créativité débordante, Wakaliwood s’est imposé comme un phénomène mondial, prouvant que la passion et l’ingéniosité peuvent surpasser les moyens financiers. En 2010, “Who Killed Captain Alex?”, réalisé avec un budget d’à peine 200 euros, est posté sur YouTube. Plus de 10 millions de vues plus tard, le long métrage d’Isaac Nabwana est vendu comme le premier film d’action ougandais. Ici, pas de grands studios. Tout est bricolé sur place : les armes sont taillées dans du bois et du métal de récupération, les explosions sont simulées avec de la farine, et les caméras elles-mêmes sont souvent montées à partir de pièces détachées. Wakaliwood incarne une révolution du cinéma africain. À mille lieues des standards formatés, il propose une alternative authentique, inspirée des réalités locales et affranchie des règles de l’industrie classique. Isaac Nabwana ne cherche pas à imiter Hollywood, il invente son propre Hollywood. Son cinéma prospère et inspire une nouvelle génération de réalisateurs. Mais le régime de l’autocrate Yoweri Museveni a fortement réduit la liberté d’expression, imposé la censure, et les thèmes portés à l’écran sont étroitement surveillés.
Afrique du Sud : un archet dans la plaie
En Afrique du Sud, l’apartheid ne dit plus son nom. La ségrégation a été abolie il y a plus de trente ans, pourtant le pays reste encore parmi les plus inégalitaires au monde. Dans la ville de Cape Town, les enfants noirs des townships grandissent loin du sublime bord de mer et de ses bonnes écoles, entre criminalité, mal logement et mauvais accès aux infrastructures publiques. Pour une centaine d’entre eux pourtant, un bout de bois sculpté et quelques cordes vont tout changer. La violoniste professionnelle Maria Botha, élevée dans une famille raciste au temps de l’apartheid, a décidé de mettre son archet dans la plaie, et de consacrer sa vie à “réparer ce mal” dont elle se sent responsable. Elle a choisi de leur enseigner le violon, un instrument "de riches" qu’ils ne connaissaient que de nom, et s’en sert comme d’un tremplin pour les faire sortir des townships et leur permettre de forger de nouvelles ambitions.