Dans les rues de Kaboul, un bus de femmes prend la route chaque matin. À bord : des médecins, des sages femmes, des infirmières. Elles se déplacent en groupe, accompagnées d’un chauffeur imposé par le régime. Seules, elles ne peuvent pas sortir. Ensemble, elles vont soigner. C’est la seule manière encore possible. Cinq ans après le retour des talibans au pouvoir, ces soignantes sont devenues le dernier lien entre les femmes afghanes et le monde extérieur. Depuis 2021, 80 % des femmes qui travaillaient ont perdu leur emploi. L’accès à l’éducation leur est interdit. Dans l’espace public, leur voix n’a plus le droit d’exister. Mais dans ce pays où la culture et la religion imposent qu’une femme ne peut être soignée que par une femme, les talibans font face à un paradoxe qu’ils ne peuvent pas complètement résoudre : ils ont besoin d’elles. Alors ils les laissent encore travailler, sous conditions strictes, sous surveillance constante, jusqu’au prochain décret.Mélanie Nunes a rencontré les dernières soignantes encore autorisées à exercer à Kaboul. À travers leurs témoignages et ceux de leurs patientes, ce reportage plonge dans une réalité effrayante : suicides, mortalité maternelle, mariages forcés des mineures et dépression. Comment ces soignantes parviennent-elle à aider ces femmes quand il n’y a plus d’espoir ?