Olivier Père

Coffy, la panthère noire de Harlem de Jack Hill

BQHL éditions propose Coffy, la panthère noire de Harlem (Coffy, 1973) de Jack Hill pour la première fois en DVD en France, dans un nouveau master haute définition.

Coffy (un nom qui sonne en anglais comme « coffin », « cercueil ») est infirmière le jour, justicière la nuit. La jeune femme venge sa petite sœur transformée en légume par la drogue en éliminant gangsters, proxénètes, dealers, flics et politiciens corrompus.

Le thème de la vengeance traverse l’histoire du cinéma américain, en particulier dans le western et le film policier. Ces deux genres connurent de nombreuses métamorphoses et de surprenants avatars firent leur apparition à l’orée des années 70, comme en témoigne ce polar urbain qui féminise le filon de la « blaxploitation » en mettant en vedette une héroïne aussi belle que redoutable. Mis en scène par le talentueux Jack Hill, Coffy se révèle largement au-dessus de la moyenne des films de « blaxploitation » : rythmé, inventif, il est aussi très violent et ne lésine pas sur le sadisme et la nudité, de manière parfaitement racoleuse et décomplexée. Il faut dire que Coffy est bâti autour de la magnifique Pam Grier, dans un rôle d’ange exterminateur qui allait la transformer en icône sexy de la contre-culture américaine. La générosité de ses mensurations, sa silhouette sculpturale sont à couper le souffle, et ses talents dramatiques sont loin d’être indignes. Difficile de ne pas être bluffé par sa prestation, son charisme dans les scènes d’action et sa volupté dans les moments sensuels, qui sont légion. Aussi forte et déterminée que Charles Bronson, mais avec beaucoup plus de poitrine et moins de moustache, Coffy élimine à coup de gros calibres ses adversaires et nettoie la ville de ses éléments corrupteurs, sait user de ses charmes pour parvenir à ses fins. A plusieurs reprises elle s’interroge sur sa propre rage, et a le sentiment d’assouvir sa vengeance dans un rêve, mue par une impulsion destructrice qui la dépasse. Elle déploie en effet une énergie surhumaine confrontée à des tueurs à gages ou des flics ripoux. Le film plonge ses racines dans un contexte social réaliste, mais opte pour la frénésie et le délire des romans « pulp » propres aux productions AIP.

Le film ne souffre pas du même manichéisme que d’autres titres de la « blaxploitation » puisque Coffy fait le ménage sans distinction de couleur de peau. L’une des plus grosses ordures du film est un politicien noir qui tient un discours progressiste et social en campagne mais fait affaire avec les parrains de la drogue. Coffy ne délivre pas un discours antiraciste mais contre la phallocratie. La beauté et le courage du personnage de Pam Grier s’opposent à la hideur physique et morale des figures masculines représentées dans le film, à l’exception du policier noir intègre qui sera grièvement blessé par les sbires de la mafia.

Foxy Brown réunira un an plus tard Pam Grier et Jack Hill, pour une autre histoire d’amazone vengeresse et un nouveau classique instantané de la « blaxploitation », à peine moins réussi que Coffy. On notera que le titre français n’emmêle les pinceaux dans la géographie américaine puisque les aventures de « la panthère noire de Harlem » se déroulent à Los Angeles.

Pam Grier dans Coffy, la panthère noire de Harlem de Jack Hill

Pam Grier dans Coffy, la panthère noire de Harlem de Jack Hill

 

 

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