Olivier Père

Cycle Bong Joon-ho sur ARTE

ARTE consacre un cycle au réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho à travers trois films interprétés par le formidable Song Kang-ho, son acteur fétiche. 
 


Parasite (2019)
Une famille de chômeurs élabore un stratagème pour s’infiltrer dans une luxueuse villa du quartier résidentiel de Séoul, en se faisant employer par ses habitants. Thriller implacable sur le thème de l’intrusion et de l’injustice sociale, Parasite offre une satire mordante des rapports de classes et du libéralisme économique. Ce huis-clos sous haute tension, entre ironie et cruauté, propose la quintessence du cinéma de Bong Joon-ho. Le réalisateur parvient à nous emporter au cœur d’émotions et de sentiments intenses, grâce à une mise en scène toujours lucide, critique et virtuose. Parasite, classique instantané, a connu une carrière exceptionnelle. Acclamé par la presse et les spectateurs du monde entier, il a remporté la Palme d’or et quatre Oscar dont celui du meilleur film, parmi de nombreuses récompenses internationales.

Mercredi 10 juin à 21h sur ARTE et sur arte.tv du 10 23 juin.

 


The Host (2006)
Le cinéma de Bong Joon-ho parvient toujours à brasser plusieurs choses à la fois, dans un élan généreux, trivial et virtuose. C’est particulièrement le cas avec The Host, réalisé en 2006. Le monstre du film avale des humains imprudents. C’est une sorte de têtard géant caché dans les eaux de la rivière Han qui traverse Séoul. A la manière de son monstre, le film de Bong Joon-ho avale et digère une multitude de thèmes et de registres : l’histoire de la Corée, la famille, le deuil, le mélodrame, la comédie, le cinéma fantastique… Bong Joon-ho a expliqué qu’il avait l’intention avec The Host d’acclimater le film de monstre géant à la réalité coréenne, c’est-à-dire à une forme de chaos humain, social et politique. Il y est parvenu, et se livre à un jeu de massacre ludique et sophistiqué, détruisant les conventions de la série B, prenant le spectateur par la main pour le conduire à une gamme de sentiments dont il est parfaitement maître.

Sur arte.tv du 1er juin au 31 août

 

 

Memories of Murder (2003)
En 2003, l’apparition inattendue d’un thriller coréen signé par un jeune réalisateur parvient à revitaliser le genre et la figure du serial killer, en puisant à la fois dans les classiques du cinéma et dans la culture et l’histoire d’un pays qui n’allait pas tarder à s’imposer aux yeux des cinéphiles du monde entier comme un passionnant territoire cinématographique.

Memories of Murder est une sorte de chef-d’œuvre du film criminel. Deux inspecteurs aux personnalités et aux méthodes différentes enquêtent sur des viols et des meurtres de jeunes femmes dans la campagne coréenne. Plusieurs indices désignent un même coupable. Le spectateur est entraîné avec les deux flics dans les ténèbres d’une traque sans fin qui tourne à l’obsession. Memories of Murder est le deuxième film d’un réalisateur hyperdoué, qui développe un style très personnel. Bong Joon-ho affectionne le mélange des genres et les ruptures de tons, alternant avec virtuosité les scènes de bouffonnerie, de satire sociale, de suspens et d’émotions fortes. Les acteurs confèrent une humanité bouleversante aux protagonistes de ce labyrinthe mortel.

Memories of Murder est aussi un grand film politique. Cette affaire de meurtres inspirée d’un fait-divers conduit Bong Joon-ho à parler de la Corée du sud dans les années 80, période de la fin de la dictature et du début de la démocratie. Les couvre-feux imposés pour des exercices de défense civile et la pratique de la torture par la police auront des conséquences dramatiques dans le déroulement de l’enquête. Memories of Murder ouvrira la voie à d’autres thrillers politiques coréens (President’s Last Bang de Im Sang-soo par exemple) tandis que Bong Joon-ho ne sera jamais aussi brillant que lorsqu’il confronte à la réalité de son pays un imaginaire foisonnant nourri de culture populaire, de science-fiction et de fantastique.

Sur arte.tv du 1er juin au 31 août

 

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