Olivier Père

The Immigrant de James Gray

ARTE diffuse The Immigrant (2013) de James Gray mercredi 14 décembre à 20h55.

En 1921, deux jeunes sœurs polonaises débarquent à New York. L’une est tuberculeuse et doit rester à Ellis Island en quarantaine. L’autre, Ewa, qui parle bien l’Anglais, se retrouve seule et doit se débrouiller pour survivre. Elle est repérée par un homme, Bruno, qui se propose de l’aider et qui devient son souteneur. Contrainte à la prostitution, Ewa sombre dans le désespoir jusqu’au jour où elle rencontre un magicien, Orlando, qui lui redonne confiance. Mais c’est sans compter sur la jalousie de Bruno, qui est le cousin d’Orlando et lui voue une rancune tenace. Two Lovers le chef-d’œuvre précédent de Gray était déjà un mélodrame new yorkais et un triangle amoureux impossible : un homme déchiré entre deux femmes. The Immigrant est un mélodrame encore plus douloureux, près d’un siècle plus tôt dans la même ville. Cette fois-ci il s’agit d’une femme partagée entre deux hommes. L’un l’exploite, l’autre veut la sauver, mais les choses ne sont pas aussi simples. Bruno est une âme sombre et torturée, un salaud qui va tomber amoureux de la femme qu’il prostitue et trouver le chemin de la rédemption. Orlando est charmant, mais n’est-il pas un vendeur d’illusions, comme ses spectacles de prestidigitation qui distraient le peuple de sa misère. Ewa oscille entre passivité, abnégation et volonté de survivre à tout prix, avec aussi l’idée fixe de ne jamais abandonner sa sœur. Elle est filmée avec amour et admiration par James Gray, qui remonte aux sources de sa radioscopie économique, politique et romanesque du New York du XXème siècle.

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Marion Cotillard et Joachin Phoenix dans The Immigrant de James Gray
© Wildside

James Gray procède à une épure de son art, et The Immigrant s’apparente souvent à une forme de kammerspiel mâtiné de cinéma muet. Le dernier plan est celui d’un maître. Le travail du directeur de la photographie Darius Khondji, pour sa première collaboration avec Gray, est magnifique.

Le film évoque aussi une version minimaliste de modèles plus récents de fresques historiques comme La Porte du paradis (le triangle amoureux, la lutte des classes), Le Parrain, 2ème partie (l’arrivée à Ellis Island), Il était une fois en Amérique (la pègre new yorkaise) qui comptent depuis Little Odessa et The Yards parmi les références évidentes de Gray.

Mais The Immigrant évoque encore plus les mélodrames muets réalisés à l’époque de son action, et en particulier ceux de Chaplin. Le calvaire d’Ewa rejoint celui des frêles héroïnes du muet obligées d’évoluer dans les bas-fonds de la ville, entre souillure et espoir de trouver le salut. Il faut saluer la qualité de l’interprétation et de la direction d’acteurs. Joachin Phoenix de plus en plus impressionnant, Jeremy Renner nouveau venu excellent dans l’univers de Gray et Marion Cotillard que nous avons trouvé admirable de bout en bout. Cette actrice en plus de posséder un visage à la photogénie exceptionnelle est la plupart du temps bien meilleure que les films dans lesquels elle joue, et ses rôles en anglais (ici saupoudré de polonais) plus intéressants que ses performances tricolores. Cela se confirme avec The Immigrant, sans aucun doute son plus beau film à ce jour.

 

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2 commentaires

  1. ballantrae dit :

    Superbe film incompris et par le public et par une partie de la critique.
    Le plus beau? Je ne sais car J Gray me semble avoir fait des films magistraux à chaque fois depuis Little Odessa.Magnifique, épuré, d’une beauté fragile qui fait chavirer nos coeurs c’est sûr.
    Je pense que dans à l’orée des années 90 peu d’apparitions m’ont autant marqué que la sienne avec une confirmation régulière qu’un grand était né.
    Quand sort son nouvel opus au fait?C’est curieux qu’on puisse voir la BA depuis des mois et qu’aucune date ne soit avancée, non?

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