Olivier Père

La Diablesse aux mille visages de Jeong Chang-hwa

Dans le cadre de son cycle « femmes d’enfer » ARTE diffuse dans la nuit du lundi 9 au mardi 10 novembre à 1h40 La Diablesse aux mille visage (Qian mian mo nu, 1969) de Jeong Chang-hwa, film de la Shaw Brothers qui vient rappeler que la célèbre firme n’a pas produit que des drames historiques ou des films d’arts martiaux mais aussi, à quantités inégales, d’autres genres plus exogènes à la culture chinoise comme la science-fiction, le fantastique ou le polar. La Diablesse aux mille visages s’inscrit dans une veine pop à la mode à la fin des années 60 des films de super criminels inspirés par la bande dessinée ou le roman populaire. L’influence occidentale se ressent dans ce film qui reprend de nombreux éléments – parmi lesquels une séquence de portrait-robot animé – de la série des Fantômas avec Jean Marais et Louis de Funès (version parodique des exploits du génie du crime inventé par Souvestre et Allain déjà adaptés sous forme de sérial par Louis Feuillade) et à Danger, Diabolik ! de Mario Bava d’après des « fumetti » italiens.

Scènes de boîtes de nuit, de défilé de mode, décorum kitsch, intermèdes comiques à base de flics idiots… C’est rapide, coloré, amusant, et on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Comme son surnom l’indique la diablesse aux mille visages est une voleuse insaisissable capable de changer de visage et d’identité à chaque nouveau méfait grâce à une collection de masques hyperréalistes conservés dans une caverne gardée par une armée de vestales, à l’instar de son cousin français Fantômas. Dans cette variation féminine et hongkongaise c’est une jolie reporter qui traque sans relâche la cambrioleuse de haut vol… A l’issue d’une longue course poursuite la bagarre entre les deux filles à l’apparence identique sous l’œil médusé du copain de la journaliste se déroule dans un appartement au mobilier bientôt dévasté par les deux furies. Tarantino se souviendra sans doute de cette destruction d’un univers domestique par des rivales surentrainées dans le premier chapitre de Kill Bill vol. 1.

 

Jeong Chang-hwa l’artisan derrière La Diablesse aux mille visages est un cinéaste coréen qui a effectué une partie de sa carrière à Hong Kong – à partir de ce film – pour la Shaw Brothers.

Son long métrage le plus célèbre demeure La Main de fer (1972) avec Lo Lieh, violente histoire de vengeance et premier film d’arts martiaux hongkongais à connaître une distribution et un retentissement internationaux, quelques années avant l’émergence du genre sur le marché occidental et le triomphe de Bruce Lee.

Après ce coup d’éclat Jeong Chang-hwa quittera la Shaw Bros. pour travailler épisodiquement au service la concurrentielle Golden Harvest et retourner en Corée du Sud pour y réaliser des films d’action.

 La Diablesse aux mille visages sera disponible en télévision de rattrapage sur ARTE+7.

 

 

 

 

 

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