Olivier Père

La Taverne de la Jamaïque de Alfred Hitchcock

Carlotta a réédité mercredi 14 octobre en salles et dans une version restaurée La Taverne de la Jamaïque (Jamaica Inn, 1939) de Alfred Hitchcock. Ce film a la particularité d’être le dernier tourné en Grande-Bretagne avant son départ à Hollywood pour y tourner Rebecca. C’est un film en costumes – genre peu fréquenté par Hitchcock au cours de sa carrière, seulement trois occurrences et ce film est la deuxième – et aussi la première des trois adaptations de romans de Daphné du Maurier, avant Rebecca l’année suivante et Les Oiseaux en 1963. A cause de sa dimension anecdotique et circonstancielle La Taverne de la Jamaïque ne tient pas une place primordiale dans l’œuvre de Hitchcock et ne bénéficie pas d’une grande réputation critique. Hitchcock avait du temps avant que son contrat avec Selznick ne commence et c’est la raison pour laquelle il accepta ce dernier film anglais, produit Erich Pommer et Charles Laughton, également vedette de La Taverne de la Jamaïque. C’est d’ailleurs autour de ce dernier que se nouèrent les principaux motifs de mécontentement. Le scénario de Sydney Gilliat engagé par Hitchcock fut modifié parce que Laughton exigeait que son personnage fut étoffé. Laughton, en roue libre, phagocyte littéralement le film en composant un aristocrate libertin et pervers. Une interprétation délirante à la démesure de son génial cabotinage, mais dans un contresens total par rapport à la maîtrise de Hitchcock et à sa mise en scène qui repose sur la précision des effets de suspens, le savant dosage des informations délivrées au spectateur. Reste une magnifique séquence d’ouverture avec le naufrage d’un bateau, son pillage et le massacre de l’équipage par les contrebandiers un soir de tempête. Cette scène impressionnante démontre le talent de Hitchcock dans le domaine du grand spectacle cruel, à l’instar d’un Cecil B. DeMille. L’histoire de ce policier infiltré pourchassé par les naufrageurs après avoir échappé de justesse à la mort par pendaison, en compagnie de la jeune Mary, rappelle le goût de Hitchcock pour les couples en fuite et les fausses identités. On est subjugué pendant tout le film par la beauté irlandaise, le tempérament et la sensualité de Maureen O’Hara (Mary Yellard, la jeune fille qui découvre que la seule famille qui lui reste tient un repaire de brigands) dans son premier grand rôle, objet de convoitise – compréhensible – de l’excentrique et libidineux juge Pengallan (Charles Laughton). Sans compter parmi les chefs-d’œuvre de Hitchcock, La Taverne de la Jamaïque est un superbe film d’aventures. C’est déjà très bien.

La Taverne de la Jamaïque

La Taverne de la Jamaïque

 

 

 

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