Olivier Père

La Vallée de la peur de Raoul Walsh

Swashbuckler Films a ressorti mercredi 14 octobre La Vallée de la peur Pursued, 1947) de Raoul Walsh, l’un des nombreux chefs-d’œuvre du cinéaste américain, dans les salles françaises.

 

« Territoire du Nouveau-Mexique, au début du XXe siècle, Medora Callum recueille Jeb Rand, un jeune enfant dont le père vient d’être assassiné, et l’élève avec ses deux propres enfants, Thorley, alors âgée de trois ans, et Adam, quatre ans. Ceux-ci devenus adultes, elle veut partager ses biens en trois parts égales, ce qui provoque avec Adam, qui a toujours considéré Jeb comme un intrus, un conflit, exacerbé par la naissance de relations amoureuses entre Thorley et Jeb… »

La Vallée de la peur de Raoul Walsh

La Vallée de la peur de Raoul Walsh

« Un western psychologique différent de tous mes autres films » : c’est ainsi que Walsh en personne décrivait La Vallée de la peur – citation extraite de son autobiographie Un demi-siècle à Hollywood (Each Man in His Time). Il s’agit en effet d’un western atypique dans la carrière du génial cinéaste, spécialiste de l’action et de l’aventure, puisqu’il s’intéresse ici aux mystères d’une âme, le film étant davantage psychanalytique que psychologique. Jeb (génialement interprété par Robert Mitchum, « un acteur né » toujours selon Walsh, qui parlait d’or) doit remonter à une scène traumatique enfantine pour pouvoir donner un sens à sa vie, qui se déroule de manière absurde et tragique. En effet un homme qu’il ne connaît pas le poursuit de sa haine mortelle pour une faute qu’il n’a pas commis, figure démente et maléfique qui manipule d’autres hommes pour qu’ils accomplissent sa vengeance à sa place, le payant de leur vie. Jeb est hanté par des cauchemars où apparaissent des éperons brillants dans la nuit, réminiscence de sa vision d’enfant lorsque, caché dans une cave, il fut témoin de violences sans pouvoir en décrypter la signification. Il faudra que Jeb retourne sur la scène primitive de son trauma, une cabane isolée où il part se réfugier, pour qu’il comprenne enfin les raisons de la malédiction qui pèse sur lui.

La Vallée de la peur de Raoul Walsh

La Vallée de la peur de Raoul Walsh

Jeb n’est pas le seul héros névrosé de la filmographie de Walsh. Mais La Vallée de la peur fait de cette névrose – et aussi, en passant, de celle de la mère adoptive de Jeb – le nœud narratif du film, jusqu’à la résolution – guérison finale. La Vallée de la peur se révèle d’une incroyable modernité, prouvant si nécessaire que le western hollywoodien n’avait pas attendu les années 70 pour offrir des approches réflexives et critiques des thèmes de la vengeance et de la violence, mais aussi du désir et de l’argent, au cœur du cinéma de Walsh. Malgré son approche intimiste La Vallée de la peur n’est pas un western de chambre ; Raoul Walsh aidé par la superbe photographie en noir et blanc de James Wong Howe met en scène un film à la poésie tellurique, et parfois cosmique, dans lequel les tourments intérieurs de ses protagonistes trouvent un écho dans des paysages naturels sombres et accidentés, à l’immensité écrasante.

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