Olivier Père

Cannes 2014 Jour 6 : It Follows de David Robert Mitchell (Semaine de la Critique)

Très bonne surprise de ce festival, du moins pour ceux comme moi qui n’avaient pas vu le premier long métrage de David Robert Mitchell, également présenté à la Semaine de la Critique en 2010, The Myth of the American Slepover qui possédait déjà ses fans. Le deuxième film de ce jeune réalisateur américain est l’un des nombreux films de genre proposés dans les sections parallèles. Oui It Follows appartient au genre horrifique, mais il en propose une lecture intelligente, inventive et formellement séduisante, poussant les clichés et les figures imposées dans des retranchements abstraits et théoriques qui n’excluent pas une efficacité assez diabolique, avec des scènes de terreur et de suspense particulièrement excitantes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

It Follows se déroule dans un décor pavillonnaire de banlieue plutôt défraichie, banale et anonyme, à proximité d’un lac (le film a été tourné dans le Michigan), lieu de prédilection de films comme Halloween, Scream et compagnie avec en plus les stigmates de la crise économique. Ses protagonistes sont des adolescents comme on en croise dans une multitude de « teen movies », bons ou mauvais : nerds à lunettes vautrés sur des canapés à mater des séries Z à moitié raides, amoureux transis et jeunes filles blondes et fraîches qui s’envoient en l’air sur les banquettes arrières de voitures avec des idiots sportifs.

C’est ce qui arrive à Jay, 19 ans, correspondant à la description physique ci-dessus. Après un rapport sexuel d’apparence anodin (donc sur la banquette arrière d’une voiture), elle se retrouve confrontée à d’étranges visions et l’inextricable impression que quelqu’un, ou quelque chose, la suit. elle découvre alors qu’elle est victime d’une malédiction qui se transmet comme une MST, écho au discours réac des « slasher » des années 80 où les jeunes victimes étaient impitoyablement châtiées pour avoir forniqué ou pris de la drogue. Mais cette idée saugrenue n’est ni celle d’un moraliste ni celle d’un pervers, mais plutôt d’un styliste qui connaît ses classiques, de Tourneur à Carpenter en passant par des déclinaisons postmodernes et prend un malin plaisir à filmer la peur et l’invisible, qu’importe le prétexte pour les convoquer. It Follows se situe entre Donnie Darko et Destination finale, mais apporte son grain de sel, à la fois modeste (le film est ce qu’il est, une série B d’horreur très bien foutue) et arty (l’influence de Gus Van Sant et David Lynch s’y fait sentir.)

David Robert Mitchell filme les couloirs de campus, les rues désertes, les espaces clos avec beaucoup de brio et une belle gestion de l’écran large. Les apparitions différées de zombies léthargiques mais déterminés sont flippantes et l’emballage sexy de la mise en scène et de la bande son – nappes de synthés sur des paysages urbains déserts, cela ne vous rappelle rien ? – suffisent à combler le cinéphile amateur de fantastique. On peut aussi appréhender le film comme le tableau dépressif d’une jeunesse sacrifiée sans aucun avenir, dans des Etats-Unis fantomatiques et en ruines. Mais cette lecture politique est facultative.

 

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