Olivier Père

Une femme dangereuse de Don Schain et Attaque à mains nues de Cirio H. Santiago

Le Chat qui fume, petit éditeur indépendant, propose deux perles rares du cinéma « grindhouse » soit ces films d’exploitation américains réalisés dans les années 70, l’équivalent de notre cinéma bis européen. Ces deux films éclairent un moment précis dans l’histoire du cinéma de genre à petit budget destiné à alimenter les drive-in et les salles populaires à double programme : celle des années 70 et de la société de production et de distribution New World Pictures fondée par Roger Corman au début de la décennie. Les deux films qui nous intéressent possèdent également la particularité d’avoir été tournés et coproduits aux Philippines, pays qui accueillit de nombreux films américains à cette époque. En effet, les Philippines avaient déjà une industrie cinématographique dynamique avec de nombreux films populaires en tous genres produits chaque année. Les coûts limités, des structures bon marché et l’exotisme des paysages naturels incitèrent certains producteurs américains à délocaliser leurs tournages aux Philippines et à profiter du savoir-faire des techniciens locaux. Le tournage d’Apocalypse Now occupera l’industrie cinématographique locale pendant plus d’un an. Cette « Cinecittà bis » des Américains sera aussi investie par des cinéastes italiens comme Antonio Margheriti qui y tournera plusieurs films de guerre ou d’aventures dans les années 80. Connu pour sa radinerie légendaire Corman produira de nombreux films tournés aux Philippines (notamment des films de prisons de femmes signés Jack Hill) mais il en achètera et distribuera aussi, comme Une femme dangereuse et Attaque à mains nues. L’ambiance, la couleur de Manille sont indissociables de ces deux productions et leur confèrent une saveur particulière, qui n’est pas celles des films « grindhouse » du terroir. Ils partagent aussi une thématique particulière, celle des femmes d’action, aussi belles que redoutables. Et proposent des histoires de vengeance, ressort dramatique inusable.

Une femme dangereuse (Too Hot to Handle, 1977, également connu sous les titres Final Hit ou Samantha une nana explosive) est le dernier film à mettre en scène Cheri Caffaro, petite vedette du cinéma d’exploitation qui se fit connaître en interprétant l’espionne « Ginger », héroïne de trois films mêlant action, sadisme et érotisme. Ce savant cocktail est réutilisé dans Une femme dangereuse, sauf que Cheri Caffaro s’appelle ici « Samantha Fox » et incarne une tueuse à gages venue à Manille pour exécuter un contrat – trois assassinats – aux motivations plus personnelles que d’habitude. Elle aura une liaison avec le séduisant inspecteur de police chargé de l’enquête. Sympathique série Z saupoudrée de nudité et de bagarres, dont le principal intérêt réside dans les techniques d’approche des victimes de Samantha Fox, d’odieux trafiquants se vautrant dans le luxe et la perversité. Maquillée comme une voiture volée, régulièrement en maillot de bain ou en tenues transparentes, Cheri Caffaro compense les limites de ses talents d’actrice, et une classe naturelle toute relative, par une grande facilité à se montrer nue. Il faut dire qu’elle est filmée par son mentor et mari Don Schain, réalisateur peu doué mais à la carrière étrange puisqu’il abandonnera les nanars sexy de ses débuts pour devenir le producteur de la série High School Musical pour Disney !

Cheri Caffaro en pleine action

Cheri Caffaro en pleine action

 

Si les Philippines furent longtemps une terre d’élection pour les tournages de productions américaines, certains de ces films d’exploitation furent aussi tournés par des cinéastes locaux. Eddie Romero et Cirio H. Santiago, prolifiques parrains du cinéma philippin, furent les plus célèbres d’entre eux, s’illustrant dans tous les genres avec succès, soit avec des films purement locaux, soit avec des films destinés au marché international et tournés avec des capitaux américains. C’est le cas d’Attaque à mains nues (Firecracker, 1981) réalisé par Cirio H. Santiago pour la New World Pictures, film d’action rondement mené sur une jeune américaine spécialisée dans les arts martiaux qui enquête sur la disparition de sa sœur à Manille et se retrouve au cœur d’une lutte sans merci entre trafiquants de drogue et brigade des stupéfiants. Santiago se révèle un solide artisan obsédé par le rythme et les rebondissements. Jilian Kesner, athlétique et sexy, est assaillie toutes les dix minutes par des voyous afin de mettre en pratique ses talents d’artiste martiale. Elle profite ainsi de son séjour aux Philippines pour y apprendre l’arnis, technique de combat avec des bâtons, qu’elle emploiera pour assouvir sa vengeance lors de l’affrontement final, dans une arène où sont organisés des duels à mort (photo en tête de texte). Nous abandonnons les hôtels pour touristes d’Une femme dangereuse pour naviguer dans les bas-fonds de Manille la nuit, bien photographiés par Santiago avec des locations et une galerie de trognes patibulaires certifiées authentiques. Grand moment « grindhouse » du film : l’héroïne blonde perd ses vêtements dans sa fuite et se bat contre ses agresseurs en soutien-gorge et culotte. Une scène qui donne tout son sens au terme « cinéma d’exploitation. »

 

 

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