Olivier Père

Le Jardin du diable de Henry Hathaway

Mercredi 8 janvier la Cinémathèque française inaugure sa rétrospective consacrée à Henry Hathaway avec la projection du Jardin du diable (Garden of Evil, 1953) à 20h, présenté par Jean-Claude Brisseau, grand admirateur de Gary Cooper devant l’éternel.

Avec la programmation de 58 films, soit l’essentiel de la filmographie de Henry Hathaway, la Cinémathèque permettra de revisiter l’œuvre d’un cinéaste viril dont le style se caractérise par sa sécheresse et son refus de l’enluminure. Cinéaste classique par excellence, Hathaway s’intéresse avant tout à l’action. Son talent pour filmer la violence, souvent teinté de sadisme n’exclut pas un regard de moraliste et une complexité plus grande qu’il n’y paraît. C’est particulièrement remarquable dans Le Jardin du diable, western en forme de fable sur le thème de l’appât du gain et de la folie de l’or. Quatre aventuriers échoués sur les rivages du Mexique acceptent la proposition d’une Américaine : entreprendre une expédition de sauvetage périlleuse en territoire Apache pour sauver son mari blessé dans une mine d’or, en échange d’une forte somme d’argent. Les hommes acceptent, attirés par la promesse de la fortune davantage que par esprit chevaleresque.

Gary Cooper et Susan Hayward

Gary Cooper et Susan Hayward

Le Jardin d’un diable est donc le récit d’un voyage aller-retour semé d’embuches et de danger, provenant de l’extérieur mais aussi de l’intérieur du groupe. C’est aussi un itinéraire moral duquel se dégagent les trois principaux protagonistes, un ancien shérif (Gary Cooper), un joueur cynique (Richard Widmark) et une femme de tête (Susan Hayward) dont la caractérisation échappe aux clichés et qui sont portés par l’interprétation magistrale des trois vedettes. Le Jardin du diable se distingue aussi par son utilisation exceptionnelle du Cinémascope et du Technicolor. Hathaway comme à son habitude n’abuse pas des mouvements de caméra, mais son sens du cadre et du montage énergique fait merveille dans cette histoire qui accorde une importance particulière aux paysages sauvages et dangereux de montagnes, renforcés par une utilisation subtile des transparences et peintures sur verre.

Le Jardin du diable recèle plusieurs moments inoubliables, et une sentence finale qui ne l’est pas moins, exprimée par Cooper en forme de morale de cette nouvelle expérience humaine qu’il vient de traverser :

« Si le monde n’était fait que d’or, les hommes se battraient pour une poignée de poussière. »

Le Jardin du diable compte sans aucun doute parmi les meilleurs films de Hathaway réalisés dans les années 50, mais ce réalisateur a signé d’autres classiques ou titres importants du film noir, du western ou du film d’aventures dans les années 30 et 40. On citera bien sûr les beaux films d’aventures coloniales Les Trois Lanciers du Bengale (1934) et Crépuscule (1941), le mélodrame fantastique Peter Ibbetson (1935), les films noir Le Carrefour de la mort (1947) et Appelez Nord 777 (1947), les westerns L’Odyssée des Mormons (1940) et L’Attaque de la malle-poste (1950), les films de guerre 13, rue Madeleine (1946) et Le Renard du désert (1951) qui comptent parmi ses titres les plus célèbres mais il y en a d’autres à redécouvrir, interprétés par les plus grandes stars hollywoodiennes qui travaillèrent presque toutes avec Hathaway : James Cagney, Gary Cooper, John Wayne, James Stewart, Tyrone Power, Richard Widmark, Marilyn Monroe, Gene Tierney, Kirk Douglas, Gregory Peck, Robert Mitchum, James Mason, Steve McQueen…

Les films des années 60, entre Le Grand Sam (1960) et Quand siffle la dernière balle (1970) récemment exhumé en DVD par Sidonis sont plus inégaux, grosses machines généralement centrées sur le conflit des générations, le mépris ou l’incompréhension entre des héros vieillissants interprétés par John Wayne ou Gregory Peck et la jeune garde désireuse de prendre le pouvoir par les armes. C’est aussi la guerre perdue d’avance entre le cinéma classique hollywoodien moribond et la montée en puissance de la télévision et du Nouvel Hollywood qui se joue dans ces films désenchantés, voire désabusés. Mais Cent dollars pour un shérif (1968) reste meilleur que son remake réalisé par les frères Coen et Le Dernier Safari (1966) avec Stewart Granger est recommandé par Jean-François Rauger, le directeur de la programmation. La cote de Hathaway devait être au plus bas dans les années 70 puisqu’il termine sa carrière en 1974 avec une obscure série B de « Blaxploitation » Hangup destinée à rester invisible puisque aucune copie n’a été retrouvée pour cette rétrospective.

En attendant de passer ses soirées à la Cinémathèque, voici trois autres (très) bons films de Henry Hathaway dont nous avions parlé dans ce blog.

Niagara : projections le 11 janvier et le 10 février.

https://www.arte.tv/sites/olivierpere/2013/10/04/niagara-de-henry-hathaway/

L’Impasse tragique : projections le 12 janvier et le 9 février.

https://www.arte.tv/sites/olivierpere/2013/02/19/limpasse-tragique-dhenry-hathaway/

Nevada Smith : projections le 1er et le 17 février.

https://www.arte.tv/sites/olivierpere/2013/03/04/nevada-smith-dhenry-hathaway/

 

 

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