Les jeunes femmes se succèdent à l'écran. À la question : "Combien de fois as-tu vu Dirty Dancing ?", les réponses s'enchaînent : "Trente à quarante fois", "soixante fois", "six fois au cinéma et six fois en VHS"… Long métrage devenu culte pour plusieurs générations, Dirty Dancing a connu un succès stupéfiant en 1987 grâce à une recette simple : une héroïne qui n'a pas froid aux yeux (Jennifer Grey), un sex-symbol planétaire (Patrick Swayze), une passion dévorante, des chansons devenues des tubes et un porté mythique qui sera honoré par la pop culture au fil de détournements et d'hommages dans les films et les séries des années 2000, puis sur les réseaux sociaux. Mais au-delà de l'irrésistible bluette, ce petit film indépendant réalisé par Emile Ardolino propose des éléments aux antipodes des comédies romantiques de l'époque, bien éloignés de la tiédeur hollywoodienne : un éveil sexuel et la présence en creux d’une pensée féministe (Frances porte son nom en hommage à Frances Perkins, la première femme à être entrée au gouvernement américain, en 1933), sans compter l'allusion à un avortement, illégal encore dans les années 1960 où se situe l'action du film…
Facette inattendue
En pleine vague viriliste (L'arme fatale, Predator, Robocop…), le succès de cette romance produite par deux femmes (Linda Gottlieb et Eleanor Bergstein) mettant en scène une jeune héroïne au physique atypique pour l'époque, détonne. Les documentaristes Leni Mérat et Joséphine Petit ("Thelma et Louise" – Un western féministe) interviewent les protagonistes qui ont permis à Dirty Dancing d'exister malgré les écueils opposés à ce film fauché devenu triomphe surprise, retournent sur les lieux du tournage et éclairent une facette de ce petit ovni aux millions de fans : son propos féministe bien trempé.