Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’Europe, transformée par les Lumières et la révolution industrielle, impose partout ses techniques et sa vision du monde. L’Empire ottoman, en déclin, cherche alors à se rénover en envoyant ses élites en Occident. C’est ainsi qu’Osman Hamdi Bey débarque à Paris en 1860. Féru de peinture, il se forme auprès des orientalistes, avant de rentrer à Istanbul, où il capturera le monde qui est le sien, débarrassé des fantasmes de ses maîtres. Il dirigera aussi le premier musée d’archéologie, convaincu que les Ottomans doivent se réapproprier leurs trésors millénaires, comme les Européens puisent dans le glorieux passé d’Athènes et de Rome. Après la Grande Guerre, qui a balayé l’Empire, les artistes continuent à séjourner en Europe. Dans la jeune république turque, ils prennent part au projet modernisateur kémaliste, à l’instar de la pionnière Mihri Hanim. Au Liban, sous mandat français, un petit groupe d’artistes (Moustafa Farroukh, Omar Onsi…) déterminés à faire évoluer leurs concitoyens à travers l’art s’empare de la question du nu. En Égypte, Mahmoud Saïd décide de représenter ses compatriotes tels qu’ils sont. C’est ainsi qu’il va capturer les beautés et les doutes de son pays, entre âge d’or du passé et espoir d’un avenir meilleur.
Pouvoir de l’image
Dans le sillage des artistes de l’ex-Empire ottoman, des générations de créateurs vont s’emparer des nouveaux courants et techniques nés en Europe, tout en se rapprochant de leurs propres sources pour inventer et réapprendre à se représenter. En trois épisodes, rythmés par la formidable partition de Bachar Mar-Khalifé et les interventions de spécialistes du Moyen Orient (historiens, historiennes de l’art), cette passionnante série documentaire signée Ilana Navaro et Karim Miské plonge dans une modernité alternative et peu exposée dans nos musées, à travers ses inspirations, ses chefs-d’œuvre et ses figures de proue.