Bienvenue dans la prison-hôpital de Bridgewater, ville du Massachusetts située à une heure de Boston. Construit au milieu du XIXe siècle, l’établissement, qui enferme des criminels atteints de troubles psychiatriques, accuse de sérieux signes de vétusté. Assommés par les calmants, les malades y vivent dans des conditions d'hygiène déplorables et sont régulièrement moqués, voire humiliés par le personnel soignant. Tous les ans, s’inspirant du nom que donnaient autrefois les tribus autochtones à la région de Bridgewater, les gardiens organisent une revue de variétés avec le concours des patients, les "Titicut Follies".
Descente aux enfers
Longtemps banni des écrans à la suite d’un jugement rendu par la cour du Massachusetts, accusant le film d’obscénité et de violation de l’intimité des détenus, Titicut Follies a depuis rencontré un large public et acquis le statut d’œuvre de référence. Frederick Wiseman, jeune professeur de droit, avait découvert l’hôpital de Bridgewater à l’occasion d’une visite avec ses étudiants, au cours de laquelle lui était venue l’idée d’y tourner un documentaire. Lequel révèle aux spectateurs qui purent le voir à sa sortie en 1967 une réalité glaçante et insoupçonnée. Devant le potentiel fortement perturbateur de l’œuvre, les autorités firent en sorte de l’escamoter. Plus tard, des enquêtes et des témoignages de détenus ou de surveillants attesteront des traitements inhumains qui avaient cours dans l’établissement. Le film, lui, rend compte de cette violence par le biais d’une observation apparemment neutre et dénuée de tout commentaire. La "méthode Wiseman" est née, repère incontournable dans l’histoire du cinéma documentaire, qui guidera le réalisateur dans son immense œuvre à venir.