Course à pied, patinage, musique, théâtre, sports, pique-niques, parades, manifestations, concerts, mariages… Le célèbre parc situé au cœur de Manhattan est le décor d’une multitude de rites et d’activités partagés par les New-Yorkais. Si la plupart s’y rendent pour leurs loisirs, certains ne font que le traverser, tandis que d’autres, sans domicile, y trouvent un refuge transitoire. Pour les ouvriers et le personnel d’entretien, c’est aussi un lieu de travail. Au-delà des usages qu’il suscite, il exige du service des parcs de la ville la résolution de questions complexes…
Bien commun
Central Park, l’un des films les plus paisibles de Frederick Wiseman, propose une longue exploration dans le cœur vert de Manhattan, au fil d’une journée fictive qui débute avec le lever du soleil et s’achève au crépuscule. Entre les deux, les scènes se juxtaposent sans lien apparent, dans le style de montage "mosaïque" qu’affectionne le réalisateur. Au spectateur de tracer son chemin dans ce vaste tableau, à l’opposé d’une nature morte. Qu’est-ce qu’un lieu public, un bien commun ? Ce jardin n’est pas un éden, mais le lieu d’expression d’une incroyable diversité d’humains, qui ne semble jamais connaître le repos. On y fait des rencontres bigarrées, entrecoupées d’événements quotidiens (un mariage), surprenants (un meeting en l’honneur des dinosaures) ou émouvants (un hommage aux victimes du sida). On y croise un marathon féminin, une marche des fiertés, toutes sortes de militants, des jardiniers, un célèbre groupe de rock ou encore Francis Ford Coppola en plein tournage d’un court métrage. Alors que cet espace partagé est convoité par des acteurs privés, l’administration municipale, lestée du poids bureaucratique, est confrontée au défi de le maintenir ouvert tout en le préservant.