Olivier Père

Le Rayon vert de Éric Rohmer

Le Rayon vert, réalisé en 1986, est le cinquième film de la série « Comédies et proverbes ». Il illustre les vers de Rimbaud « Ah ! que le temps vienne / Où les cœurs s’éprennent. » A cette référence littéraire s’en ajoute une autre, plus inattendue, qui donne son titre au film : Un roman sentimental de Jules Verne qui brode autour du phénomène optique du rayon vert, soit le dernier rayon de lumière observé avant le coucher du soleil, visible seulement par temps clair au bord de la mer. Celui qui parvient à le voir serait en mesure de lire dans ses propres sentiments, et dans ceux des autres. Éric Rohmer s’est souvent intéressé dans ses films à des personnages en quête d’amour, dont la disponibilité débouche tôt ou tard sur des rencontres programmées ou inattendues. Mais Le Rayon vert se distingue des autres longs métrages du cinéaste par bien des aspects, et se révèle être son film le plus audacieux dans sa conception. En effet, Le Rayon vert est le seul film de Rohmer qui soit improvisé de A à Z, sans aucun scénario écrit. Rohmer a construit son film au fil du tournage, à partir des réactions et des émotions de Delphine, interprétée par Marie Rivière. C’est la raison pour laquelle l’actrice est crédité comme co-auteure au générique. Les conditions de fabrication du Rayon vert épousent ainsi son histoire – des vacances organisées au dernier moment – et ses thèmes principaux, la liberté et la solitude contraintes d’une jeune femme romantique, mal à l’aise en société et malheureuse en amour. Rohmer pousse à l’extrême son goût de la légèreté et des équipes réduites. Ce faux amateurisme lui permet d’accompagner Delphine dans ses atermoiements et son incertitude, au gré de déplacements et d’épreuves souvent inconfortables, où elle se heurte à l’incompréhension ou à la réprobation de ses amies ou compagnons de vacances. Comme dans d’autres films de Rohmer, tel Conte d’hiver, une résolution en forme de miracle viendra annuler la tristesse et les échecs subis tout au long du film par son héroïne. Rohmer croit au hasard et à la grâce, qu’il parvient à enregistrer avec une caméra 16mm, un peu à la manière des pionniers du cinéma qui savaient poser leur regard sur des scènes de la vie quotidienne. Héritier des frères Lumière, Rohmer n’en est pas moins ancré dans le monde contemporain, par son empathie pour une jeune femme névrosée, réfractaire au bonheur. Marie Rivière, tour à tour bouleversante et horripilante, transcende l’idée de personnage cinématographique, en étant à la fois elle-même et une pure héroïne rohmerienne, sans que l’on sache vraiment où commence le jeu et où s’arrête le portrait documentaire. Ce qui était au départ le projet le plus expérimental de Rohmer est devenu un succès public et critique aussi inattendu qu’enthousiasmant. Couronné du Lion d’Or à la Mostra de Venise, Le Rayon vert a d’abord été diffusé sur Canal + avant de sortir en salles, où il a enregistré 460 000 entrées, ce qui en fait l’un des films les plus vus de toute la carrière du cinéaste.

Le Rayon vert est disponible gratuitement sur ARTE.tv, du 1er juillet au 30 septembre 2019, dans le cadre du « Summer of Freedom ».

 

Quatre autres films d’Éric Rohmer, Conte d’automne, Conte de printemps, Conte d’été et Conte d’hiver sont toujours visibles sur ARTE.tv et la chaine Youtube d’ARTE (à l’exception de Conte d’été).

Marie Rivière et Vincent Gauthier dans Le Rayon vert de Eric Rohmer

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