Olivier Père

Big Man Japan de Hitoshi Matsumoto

L’été sera asiatique sur ARTE. Pour la troisième fois en quatre ans, ARTE a choisi de rendre hommage à la beauté et à la diversité du cinéma asiatique avec une programmation spéciale qui permettra de revoir ou de découvrir des chefs-d’œuvre inédits sur notre antenne signés Hou Hsiao-hsien (The Assassin), Jia Zhangke (Au-delà des montagnes), Lino Brocka (Insiang), Zhang Yimou (Coming Home) ainsi que d’excellents films de genre (Le Maître d’armes de Ronny Yu, Mr. Long de SABU). En complément de ces films, ARTE.tv propose quatre films par deux maîtres nippons de l’absurde et de l’humour poétique, Takeshi Kitano et Hitoshi Matsumoto. Si le premier a été assez rapidement anobli par la critique internationale, avec le succès de ses films invités et primés à Venise ou à Cannes, le second n’a pas bénéficié d’une telle reconnaissance et demeure connu hors d’un Japon d’une petite communauté de « happy few ». Cet été sera donc l’occasion de se rappeler du talent de Kitano avec les magnifiques Hana-bi et A Scene at the Sea, et de plonger dans l’univers fou fou fou de Matsumoto avec ses deux premiers films, Big Man Japan et Symbol.

Hitoshi Matsumoto est né le 8 septembre 1963 à Amagasaki, sur la baie d’Osaka. Humoriste aux multiples talents (acteur, chanteur, réalisateur, écrivain et animateur de spectacles télévises), il fait ses débuts à la télévision en 1982 et accède à la gloire sous le pseudonyme de « Matchan », souvent aux côtés de Masatoshi Hamada avec lequel il crée le duo comique « Downtown », un peu à la manière de son prédécesseur Takeshi Kitano, qui lui aussi commença sa carrière comme amuseur à la télévision sous le nom de « Beat » Takeshi. Mais la comparaison s’arrête là. Kitano s’est épanoui dans le film de yakuza violent et l’envolée poétique, sans renier les gags agressifs de ses débuts. Matsumoto pratique un humour absurde et distancié, parfois enfantin. De son propre aveu, Matsumoto ne s’inspire de personne, ne voit pas les films des autres. Chaque idée de scénario, chaque concept de film naît de sa seule imagination fertile, et il se demande lui-même combien de longs métrages il pourra encore inventer de la sorte.

Hitoshi Matsumoto fait ses débuts dans la réalisation en 2007 avec Big Man Japan (Dai-Nihonjin), film dans lequel l’acteur-réalisateur prend plusieurs apparences physiques pour le même personnage : un père divorcé à moitié clochard et dépressif, qui se transforme en super héros inefficace quand le gouvernement japonais l’appelle.

C’est le propre du cinéma de Matsumoto d’inventer à chaque film une forme cinématographique nouvelle et de l’expérimenter. Big Man Japan commence comme un documentaire, dans le style cinéma vérité, qui suit la morne existence d’un pauvre hère en voie de clochardisation. L’homme répond timidement aux questions du caméraman sur sa vie, son divorce et ses problèmes de voisinage lorsque son téléphone portable sonne. L’homme déclare qu’il doit immédiatement se rendre à son travail et invite l’équipe de reportage à le suivre. Nous atterrissons dans un hangar où l’homme, attendu par une équipe de scientifiques et de militaires, se transforme sous l’effet d’une puissante décharge électrique en super héros géant (le « Dai-Nihonjin » du titre, littéralement « Le Grand Japonais »), surhomme national chargé de défendre le pays des attaques répétées de monstres extraterrestres, tous plus grotesques les uns que les autres. Ses échecs et gaffes à répétition vont remettre en question son statut de sauveur et en faire au contraire un super héros impopulaire, sorte de honte nationale, et l’enfoncer dans sa dépression chronique. Le film devient alors une parodie désopilante des « Kaiju Eiga », les films de grands monstres popularisés par la série des « Godzilla » et autres « Rodan » ou « Gamera » des années 50 à nos jours, et reposant sur le cauchemar nucléaire d’Hiroshima et ses multiples traumatismes écologiques et psychologiques. Big Man Japan, découpé en plusieurs chapitres, alterne ensuite les mésaventures du Grand Japonais dans sa vie quotidienne et ses duels avec des créatures destructrices aux formes absurdes, qui troublent l’ordre et semant la panique par leurs comportements violents ou libidineux. Le film devient aussi une satire de la célébrité médiatique et du nationalisme japonais, lorsqu’un des monstres débarque tout droit de la Corée du Nord avec des intentions belliqueuses.

Big Man Japan est disponible gratuitement sur ARTE.tv et sur la chaîne youtube d’ARTE du 7 juillet au 30 septembre 2019.

Big Man Japan

Hitoshi Matsumoto dans son film Big Man Japan

Catégories : Sur ARTE

3 commentaires

  1. comique – et maousse !-D dit :

    Merci Olivier, pour ce billet introductif au premier film de Matsumoto.

    Une petite plage d’auto-publicité, là – euh, si ce n’est point trop abuser ?-)

    Pour prolonger le plaisir du film, le lecteur est convié à se reporter, s’il le souhaite, à mon (loooong) texte , écrit jadis (en 2012), et publié sur le blog Balloonatic !

    http://theballoonatic.blogspot.com/2012/12/matsumoto.html

    http://theballoonatic.blogspot.com/2012/12/matsumoto-2.html

    http://theballoonatic.blogspot.com/2012/12/matsumoto-3.html

    (modestamente).

  2. GIL dit :

    Je viens de découvrir Big Man Japan et Symbol, dans cet ordre, de Hitoshi Matsumoto. Drôle et cruel. Absurde. Déprimant, mais… D’habitude, je supporte mal ce genre de cinéma.Mais là, il a réussi à m’accrocher jusqu’au bout. Et puis, j’ai trouvé dans Symbol de petites illustrations de concepts lacaniens. Ca vaut le détour!

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