Olivier Père

Crimes dans l’extase de Jess Franco

Dans le cadre d’une soirée pour fêter les cent ans du producteur allemand Artur Brauner, avec deux longs métrages et un documentaire inédit, ARTE diffuse Mercredi 1er août à 22h45 Crimes dans l’extase (Sie tötete in Ekstase), réalisé en 1971 par Jess Franco. Le film sera également disponible gratuitement en télévision de rattrapage pendant sept jours sur le site d’ARTE. Brauner était un aventurier du cinéma qui fut l’un des principaux artisans de la renaissance de l’industrie cinématographique allemande, tombée entre les mains de Nazis, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Brauner, Juif né à Łódź, va enchaîner au sein de sa société CCC Filmkunst les productions commerciales ou plus ambitieuses sur le plan artistique, ou les deux à la fois lorsqu’il accompagne le retour en RFA de Fritz Lang avec son sublime diptyque Le Tigre du Bengale et Le Tombeau hindou. Les chemins de Jess Franco et Artur Brauner se sont croisés au début des années 70. Grand pourvoyeur d’adaptations d’Edgar Wallace ou d’aventures du docteur Mabuse à l’écran, Brauner engage Franco pour réaliser une poignée de films fantastiques teintés d’érotisme. Ce sera pour l’extravagant réalisateur espagnol, rompu aux coproductions européennes de seconde zone, une période faste dans son abondante filmographie. Malgré leurs petits budgets et leurs tournages rapides, les films de Franco produit par Brauner, parmi lesquels Vampyros Lesbos, sont aujourd’hui considérés comme des perles du cinéma bis, représentatives de l’imagination débridée de leur réalisateur.

Crimes dans l’extase nous fait plonger dans l’univers délirant de Jess Franco, qui a réalisé sous divers pseudonymes quelques 200 films entre 1959 et 2013, année de sa mort (Crimes dans l’extase, coproduction allemande oblige, est signé Frank Hollmann). La carrière de Franco est l’une des plus excentrique de l’histoire du cinéma. Tourné à Alicante, partiellement dans un édifice de l’architecte Ricardo Bofill mis en valeur par les cadrages baroques de Franco, Crimes dans l’extase compte parmi les réussites de Jess Franco. Le réalisateur y aborde deux de ses sujets de prédilection : la vengeance et l’amour fou. A la manière d’un musicien de jazz, Franco a décliné, étiré et transformé les mêmes motifs sur plusieurs films, reprenant des personnages ou des intrigues pour les adapter à d’autres pays, d’autres époques. L’histoire d’une femme qui se venge en assassinant plusieurs hommes et femmes responsables de son malheur est un leitmotiv dans sa filmographie. Franco s’est sans doute inspiré du roman de William Irish La mariée était en noir publié en 1940. La femme tueuse, téléguidée par des forces supérieures ou agissant de son plein gré, pour venger un être aimé, est une figure récurrente dans les films de Jess Franco, grand amateur de littérature populaire et de sérial.

Crimes dans l’extase permet surtout d’admirer, pendant 90 minutes et sous toutes les coutures, la sublime Soledad Miranda, alias Susann Korda, l’égérie de Jess Franco au début des années 70. La jeune actrice y incarne une femme fatale, sexy et fascinante. Disparue à l’âge de 27 ans dans un accident de voiture, Soledad Miranda, astre sombre et brûlant de la galaxie de Jess Franco, est devenue une icône du cinéma bis européen.

En pleine mode du rock psychédélique, Jess Franco utilise pour Crimes dans l’extase des compositions du duo de musiciens allemands Manfred Hübler et Siegfried Schwab, qui avaient déjà participé à la musique de Vampyros Lesbos produit la même année. Leurs orchestrations délurées en sensuelles ont largement contribué à la notoriété du film, et à sa réputation grandissante auprès des amateurs de cinéma déviant, mais aussi de Krautrock.

Soledad Miranda dans Crimes dans l'extase de Jess Franco

Soledad Miranda dans Crimes dans l’extase de Jess Franco

 

 

 

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7 commentaires

  1. Sawyer dit :

    Olivier Père, en plus d’être un cinéphile déviant, est-ce que vous ne seriez pas non plus un peu nécrophile (si j’en juge à l’émotion que vous inspire la défunte Soledad Miranda) ?

    https://www.youtube.com/wat

  2. Philippe Montonna dit :

    Je viens de le (re)voir… L’actrice est définitivement stupéfiante, les décors envoûtants, la musique irrésistible (à noter la participation aussi du culte Bruno Nicolai, dont on entend la musique plus « musique  » – proche de Morricone – et moins « pop » dans il me semble la très belle scène où Soledad est recroquevillée nue dans la pénombre et revit mentalement son passé amoureux avec l’air halluciné), et c’est toujours aussi cool, hypnotique mais aussi… foireux, et bien complaisant (les habituels plans érotiques faciles avec l’inévitable scène saphique totalement gratuite) et pompé sur d’autres trucs (même si le gars est espagnol, c’est, disons, à l’italienne : ils ont été les rois dans ce domaine du copiage du bis au Z)… En gros, c’est du Jess Franco, quoi LOL… C’est marrant aussi comme il a pas arrêté de faire des caméos dans ses propres films qui finalement sont… plus du tout caméos à force de le refaire sans cesse et d’apparaître à l’écran longtemps ! LOL Attention toutefois (je sais de quoi je parle je suis passé par là et j’ai des rechutes fréquentes LOL) au snobisme à l’envers maintenant, qui consiste à changer par magie et indulgence compréhensible la jubilation devant le WTF de l’esthétique du bis en expérience cinéphilique transcendantale… Pour inverser le titre d’un film d’Audiard, « faut pas (non plus) prendre les canards sauvages pour des enfants du bon Dieu »… PS : Dans la catégorie WTF, avec ce que l’on sait aujourd’hui, sont difficilement surpassables les moments du film où se pointe l’ex-waffen-SS à moumoute l’inspecteur Horst Tappert-Derrick… Mais bon c’est à la limite dérangeant, je trouve, oui…

  3. Mrcorman dit :

    Pourrait-on voir vampyros Lesbos et Necronomicon de Mr Franco ? Mrcorman

    • olivierpere dit :

      Pourquoi pas, il est possible qu’ils aient déjà été diffusés sur Arte il y a longtemps. On les trouve en DVD, mais pas dans des éditions françaises à ma connaissance.

  4. JICOP dit :

    Sans doute un des meilleurs Franco ( avec  » Jack l’eventreur  » ) .
    Beau film porte par la presence magnetique de la belle Soledad qui n’aura jamais si bien porte son prenom.
    Quelques scenes troublantes comme celles ou la belle se retrouve seule a cherir le corps sans vie de son amant sous la tres belle partition de Bruno Nicolai. Un soupcon de necrophilie qui m’a rappele le beaucoup plus cruel  » blue holocaust  » de Joe d’Amato.

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