Pierrot le fou de Jean-Luc Godard

ARTE diffuse lundi 2 mai à 20h55, en version restaurée, Pierrot le fou réalisé par Jean-Luc Godard en 1965. Pierrot le fou est l’un des chefs-d’œuvre absolus de Godard et de toute l’histoire du cinéma, un film somme des années 60, riche du passé et du présent mais tourné vers le futur.

L’ambition de Godard est de dresser l’état de lieux d’une époque, le constat désespéré d’une civilisation en déclin, en filmant l’aventure de Ferdinand (Jean-Paul Belmondo), cyniquement marié à une femme riche, qui décide un soir de fuir sa morne existence avec Marianne (Anna Karina) une fille autrefois aimée et retrouvée par hasard. Cette cavale à la fois joyeuse et désespérée à travers une France ensoleillée donne à Pierrot le fou des allures de « road movie » teinté de comédie musicale, de film noir et de mélodrame flamboyant.

Pierrot-Ferdinand et Marianne traversent une multitude de paysages, géographiques (la France filmée comme une terre étrangère, avec des oasis et des îles désertes), politiques (les fantômes de l’Algérie et du Vietnam, l’Histoire qui vient parasiter l’histoire) et culturels (Elie Faure tout contre la Série Noire). La mort, plus que Marianne qui sans cesse lui échappe, dans un film qui exalte le couple pour mieux en montrer l’impossibilité ontologique, est la vraie compagne de Ferdinand, jusqu’à l’étreinte finale.

Pierrot le fou, chaotique et limpide, léger et tragique, allie la beauté convulsive de À bout de souffle au lyrisme contemplatif du Mépris.

 Jean-Paul Belmondo dans Pierrot le fou © Studiocanal


Jean-Paul Belmondo dans Pierrot le fou © Studiocanal

Pierrot le fou est un film collage construit – ou déconstruit – suivant le principe surréaliste des associations et des rencontres, des oppositions et des dédoublements. L’incroyable richesse visuelle et sonore de Pierrot le fou est typique du cinéma de Godard, qui pousse à son paroxysme l’art de la citation, cinématographique, picturale et littéraire. Sans oublier le pop art et la bande dessinée. Bien qu’il ne soit jamais nommé c’est à Rimbaud que l’on pense le plus tout au long du film, jusqu’à l’extrait de son poème « L’Eternité », face à la mer, dans un dernier plan sublime qui réconcilie la vie et la mort, l’eau et le feu, l’homme et la femme.

Dans Pierrot le fou Godard filme des corps modernes et enregistre aussi un nouveau discours amoureux, avec des dialogues et des chansons inoubliables. Difficile de dissocier la beauté du film de Godard de celle du couple mythique formé par Jean-Paul Belmondo et Anna Karina, au cœur d’un feu d’artifices d’actions et d’émotions, magnifié par la musique d’Antoine Duhamel et les images de Raoul Coutard.

 Anna Karina dans Pierrot le fou © Studiocanal


Anna Karina dans Pierrot le fou © Studiocanal

 

 

 

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