Olivier Père

La mafia fait la loi de Damiano Damiani

Du 12 au 25 avril se tiendra au Tessin en Suisse la deuxième édition de « L’immagine e la parola » (« l’image et la parole ») manifestation culturelle organisée par le Festival del film Locarno autour de la littérature et du cinéma. Ce sera l’occasion de rendre hommage à Edgar Reitz et de projeter quelques très bons films, parmi lesquels deux titres signés Damiano Damiani, dont on a évoqué il n’y a pas très longtemps la disparition et l’un des meilleurs films, le western El chuncho : L’Ile des amours interdites (L’isola di Arturo, 1962) d’après Elsa Morante, et celui qui nous intéresse, La mafia fait la loi d’après Leonardo Sciascia.

Un entrepreneur indépendant est assassiné par la mafia qui maquille le meurtre en crime passionnel en salissant la réputation de la femme d’un témoin gênant, supprimé lui aussi. Un jeune commissaire tente de résoudre cette affaire épineuse et se trouve confronté à l’organisation tentaculaire sicilienne, qui contrôle les institutions, les hommes et les mentalités et empêche la loi de s’exercer. Adapté comme A chacun son du d’Elio Petri ou Cadavres exquis de Francesco Rosi d’un roman de l’écrivain sicilien Leonardo Sciascia La mafia fait la loi (Il giorno della civetta, 1968) fait partie d’un sous-ensemble fécond du cinéma criminel et politique consacré à la mafia sicilienne dans les années fastes de la production transalpine, englobant des titres comme Au nom de la loi de Pietro Germi, Mafioso d’Alberto Lattuada ou Gente di rispetto de Luigi Zampa. Damiano Damiani, cinéaste engagé, est l’auteur d’une œuvre associant la critique sociale et politique aux codes du cinéma de divertissement, avec parfois des incursions réussies dans les genres populaires. La mafia fait la loi est d’un des films les plus exemplaires de sa méthode : scénario solide et didactique, efficacité de la mise en scène, trouvailles visuelles fortes qui structurent le récit, incursions mesurées dans le grotesque et la satire. Ici les scénaristes ajoutent au roman de Sciascia l’idée d’opposer spatialement les deux camps adverses qui s’observent et se toisent, les fenêtres du commissariat donnant sur la terrasse du parrain local où se réunissent ses sbires, de l’autre côté de la place du village, transformée en théâtre antique peuplé de marionnettes humaines qui s’agitent selon le bon vouloir successif des deux parties en action. Combat inégal qui fait ressortir une figure exemplaire et courageuse, seule femme dans un univers machiste, l’épouse bafouée d’une victime de la mafia magnifiquement interprétée par Claudia Cardinale (photo en tête de texte) au sommet de sa beauté. Damiani, réputé à juste titre pour ses portraits de femmes, réalisera deux ans plus tard un autre film sur la mafia avec une approche féministe, Seule contre la mafia (La moglie piu bella, 1970) révélant par la même occasion la superbe Ornella Muti.

Pour tous les renseignements sur la manifestation et les projections http://www.pardolive.ch/en/Immagine-e-la-parola/Presentation/presentation#.Uy8diV4kq9Y

 

 

 

 

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Un commentaire

  1. Jean-Pascal Mattei dit :

    De Damiani (et non Damiano, dont la Mafia, américaine, finança “Gorge profonde”…), apparemment qualifié par Pasolini de « moraliste amer affamé d’ancienne pureté », on avoue se souvenir plutôt des sympathiques “Amityville 2 : le Possédé”, “Un génie, deux associés, une cloche” ou “La Piovra” pour la TV. La même année que cette ‘chouette’, Leone magnifia la beauté balzacienne de Claudia Cardinale dans son opéra sur l’Ouest ; en 1974, Squitieri, pas encore son compagnon, rivalisera presque, toujours avec l’impeccable Nero, associé à Testi, dans “Lucia et les Gouapes”, diffusé récemment au Cinéma de minuit. Les rapports entre l’industrie du crime et celle du divertissement (à Hong Kong, notamment) mériteraient un long développement ; le cinéma reflète, inspire et modèle tous les ‘affranchis’ depuis le parlant, – Melville disait n’éprouver aucune sympathie particulière pour les vrais ‘truands’, souvent très anonymes – et Rosi, avec son brillant “Lucky Luciano”, réalise ainsi une double biographie : celle du gangster et celle de son acteur, l’intense Volonte (cf. notre échange sur Beatty).

    https://www.youtube.com/wat

    Vu hier “The American”, superficiel mais plaisant, à l’instar de “Control”, avec son Clooney mutique aux allures de Connery et la belle présence de Violante Placido (fille de l’excellent Michele, dont il faut voir l’émouvant “Le amiche del cuore”, avec la jeune Asia Argento – souvenir estival d’une rétrospective à La Rochelle), qui suit un trajet proche de celui du “Voyage en Italie”, mais avec une rédemption sudiste et charnelle inachevée, en forme de chronique d’une mort annoncée. Le film rejouait aussi, peut-être sans le savoir, le destin des stars hollywoodiennes échouées à la fin des années 60 sur des rives transalpines ‘mortifères’ (pour vous citer), réalisant la prophétie finale de “La dolce vita”.

    https://www.youtube.com/wat

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