Olivier Père

Cannes 2014 Jour 3 : …Et pour quelques dollars de plus de Sergio Leone (Cinéma de la plage)

Cette année le Festival de Cannes célèbre les cinquante ans de la naissance du western italien, ou plutôt de son explosion internationale avec le triomphe d’un petit western mis en scène en Espagne par un ancien assistant réalisateur, avec une jeune vedette de la télévision américaine : Pour une poignée de dollars de Sergio Leone, avec Clint Eastwood. Ce titre sera le premier d’une « trilogie des dollars » qui fera de Clint Eastwood une star mondiale.

…Et pour quelques dollars de plus de Sergio Leone (… Per qualque dollaro in più, 1965) affiche dès son titre un cynisme provocateur. Sergio Leone indique qu’il a d’abord accepté ce second western pour l’argent, tels les mercenaires qu’il décrit dans son film, encouragé par les producteurs avides de profiter du succès surprise de Pour une poignée de dollars. Leone garde ses principaux collaborateurs, réengage Clint Eastwood et Gian Maria Volonté, et sort Lee Van Cleef, un acteur de second plan, de sa misérable retraite. Il refait les mêmes scènes – en mieux – et surenchérit dans le baroque, l’humour et la violence. Avec une touche pop à la mode du moment (pas le meilleur aspect du film.)

Clint Eastwood dans ... Et pour quelques dollars de plus

Clint Eastwood dans … Et pour quelques dollars de plus

Mais chaque nouveau film de Leone, construit sur le précédent, gagne en profondeur et en ambition. …Et pour quelques dollars de plus constitue la véritable fondation de l’édifice leonien, avec pour la première fois l’introduction d’une figure narrative récurrente : le flash-back traumatique que le metteur en scène dilue dans un scénario volontairement opaque et traversé de longues digressions, éclairant ainsi, progressivement et avec une lenteur calculée, les motivations obscures des protagonistes, jusqu’à la révélation finale. Ce procédé sera repris dans Il était une fois dans l’Ouest et Il était une fois… la Révolution (les souvenirs irlandais au ralenti), sans parler du chef-d’œuvre final de Leone, Il était une fois en Amérique, dont le véritable sujet n’est rien d’autre que le temps.

Gian Maria Volonté dans ... Et pour quelques dollars de plus

Gian Maria Volonté dans … Et pour quelques dollars de plus

Pour Leone, le flash-back était « la modernité même », l’intrusion un rien tapageuse, dans une forme classique et linéaire, d’une dissonance temporelle, l’opportunité de malmener la continuité du récit, de le morceler, de brouiller les pistes. La musique de Morricone devient non seulement un protagoniste à part entière, mais aussi un instrument essentiel de ce travail sur le temps : le carillon de la montre, qui rythme les scènes de flashbacks et de duels, fonctionne comme un agent de liaison entre le passé et le présent, le rêve et la réalité, la mémoire et l’action.

25 ans après la mort de Sergio Leone, ses films continuent de fasciner plusieurs générations de spectateurs. Son œuvre hante tout le cinéma de genre depuis les années 70. Et l’imaginaire collectif mondial (phénomène rare pour un cinéaste non américain). Ce furent d’abord Brian De Palma et John Milius qui lui rendirent hommage. Puis vint Quentin Tarantino, qui transforma la citation en matière première de ses derniers films en date, réactivant une relation intime et ludique à la mémoire et au cinéma, avec une liberté et un brio extraordinaires. Inglourious Basterds, par son ironie, son fétichisme, sa maîtrise de la durée, son génie de la situation et de la caractérisation, son imagination perverse, est le plus bel exemple contemporain d’un possible héritage leonien.

On pourra le vérifier – ou le contester – grâce à Cannes Classics et au Cinéma de la plage, qui projettera aussi pendant le festival deux films sous haute influence leonienne : Les Guerriers de la nuit (The Warriors, 1979), western mythologico urbain, violent et carnavalesque de Walter Hill le mardi 20, et Pulp Fiction (1974) de Quentin Tarantino le vendredi 23.

 

 

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