Dans la campagne géorgienne, l’engagement de l’URSS dans la Seconde Guerre mondiale bouleverse la vie d’un village. Tandis que les hommes sont appelés au front, la propagande soviétique investit les salles de classe. Bientôt, un soldat russe est retrouvé blessé, et le brigadier Datiko déserte dans la forêt. Sosoia, un adolescent orphelin, passe ses journées avec le simple d’esprit Bejan, et Khatia, une fille aveugle qui espère un jour recouvrer la vue.
Des nouvelles du front
Dans un beau noir et blanc, ce film simple et poétique raconte la "Grande Guerre patriotique", comme la nommaient les autorités soviétiques, du point de vue d’un village géorgien éloigné de tout. Il montre les privations et la douleur vécues par les habitants, contraints de vivre au rythme épisodique des nouvelles (très lointaines) du front et des lettres apportées par le facteur, souvent synonymes de deuil. Il porte sur ce sujet le regard neuf des années 1960, qui s’exprime ici dans un style vif et spontané. La course finale du jeune Sosoia, filmée en longs travellings, n’est pas sans évoquer celle des 400 coups… Ce regard est peut-être aussi celui de la douce Khatia, l’aveugle qui ne peut voir que deux choses : le soleil devant elle et son ami qui la guide dans ce monde violent. Je vois le soleil est le deuxième long métrage de fiction de Lana Gogoberidze, grande figure du cinéma géorgien devenue femme politique, elle-même fille d’une réalisatrice persécutée par le régime soviétique, dont l’œuvre est à redécouvrir.