Dans le New York fiévreux des fifties, le Miles Davis Quintet et ses concerts homériques au Café Bohemia propulsent au sommet un jeune saxophoniste surdoué, John Coltrane. Lequel, inspiré par Charlie Parker, doit comme lui lutter contre de dévastatrices addictions, l’héroïne menaçant d’éteindre son génie émergent. Né en 1926 dans un Sud ségrégationniste et marqué par une série de deuils familiaux, cet artiste à l’infinie douceur lie intimement musique et spiritualité. Ses démons vaincus, l’astre "Trane" va briller au firmament du jazz, inscrivant de célestes solos sur l’album mythique de Miles, Kind of Blue. S’éloignant du trompettiste star, il se surpasse encore, compose des chefs-d’œuvre et réinvente les standards, curieux de tous les sons du monde. Avec son légendaire quartet, "il vole", se souvient Sonny Rollins, tandis que Carlos Santana résume : "Certains jouent du jazz, d'autres du blues. Coltrane, lui, jouait la vie…" En 1963, le taiseux rend, avec "Alabama", un bouleversant hommage aux quatre jeunes filles victimes de l’attentat du Ku Klux Klan dans une église noire à Birmingham. Avant d’éblouir avec l’album A Love Supreme (1964), hymne aux puissances de l’esprit en forme de testament, trois ans avant sa disparition.
Le son de l’humanité
S’ouvrant comme une improvisation et emmené par la magie de sa musique à la beauté mélancolique, ce documentaire émouvant explore l’œuvre et l’âme de Coltrane comme une profonde quête de rédemption. Tourné il y a plus de dix ans, il donne la parole à cet artiste d’une grande élégance qui ne la prenait jamais, à travers un montage de ses écrits – lus par Denzel Washington –, offrant une narration intime, des bancs d'église de sa natale Caroline du Nord à la scène de l'avant-garde musicale. En archives, dont certaines familiales, et avec les vibrants témoignages de Sonny Rollins et Wayne Shorter, disparus depuis, de Carlos Santana et de John Densmore, ou encore de Bill Clinton, se dessine le portrait d’un musicien habité par sa relation avec une force supérieure. Pour John Coltrane, qui cherchait à capturer "le son de l'humanité ", le jazz résonnait comme un instrument d'élévation. Un souffle d’une grâce inouïe.