L’Europe s’arme, quoi qu’il en coûte, et qu’importe le gaspillage. D’ici 2030, les pays européens de l’Otan prévoient de dépenser près de 1 200 milliards d’euros pour acquérir avions de combat, missiles, navires de guerre, chars, drones, canons lasers. Des dépenses colossales malheureusement en ordre dispersé, avec des gouvernements qui privilégient leurs industries nationales et se font donc concurrence. En résulte une situation ubuesque : des doublons lors des commandes, du matériel acheté aux États-Unis plutôt qu’aux voisins européens, des armes inutilisables… Les conséquences se font déjà sentir sur le terrain. En Ukraine, les militaires doivent composer avec un assortiment de systèmes d’armement parfois incompatibles. Des officiers parlent de "zoo technologique" livré par leurs partenaires européens. Au-delà des pertes financières, cette concurrence interne affaiblit les États. Alors que la guerre menace de s’étendre sur le sol du Vieux Continent, n’est-il pas temps de construire une armée européenne ? Des voix s’élèvent en ce sens, à l’image de Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, qui, dans un rapport remis à la Commission, pointe les répercussions préoccupantes de ce manque de coordination.
Enquête de haut vol
L’Ukraine est sous les bombes, l’ombre russe s’étend, l’administration américaine met le continent sous pression… et les gouvernements européens ne parviennent pas à dépasser leurs ego nationaux. Portée par les journalistes du collectif Investigate Europe, cette enquête minutieuse croise les témoignages de responsables politiques, de patrons d’entreprises d’armement et de militaires de haut rang, mettant en lumière la situation alarmante dans laquelle se trouve l'Union européenne : une coalition d’États incapables de revoir leur gouvernance, dilapidant l’argent public et loin d’être prêts face aux périls qui se profilent.