Artiste, entrepreneur, Gustave Fayet fut aussi l’un des plus grands collectionneurs français d’art moderne de la fin du XIXe et du premier quart du XXe siècle. Issu d’une famille de riches viticulteurs et propriétaires terriens du Languedoc, il se passionne très tôt pour la peinture : excellent coloriste, il développe un regard et une sensibilité qui feront de lui un dénicheur de talents visionnaire. Bientôt, ses acquisitions font de lui l’un des défenseurs et découvreurs essentiels de l’avant-garde de son temps : il est parmi les premiers à reconnaître le génie de créateurs encore méconnus, comme Gauguin, Redon, Van Gogh, Matisse, Cézanne, Vuillard ou Bonnard. Entre son appartement parisien, qu’il transforme en musée privé où se pressent tous les artistes et collectionneurs de l’époque, et l’abbaye de Fontfroide, en Occitanie, qu’il restaure pour en faire un lieu de création et d’émulation fréquenté par ses amis, il réunira un ensemble de plus de huit cents œuvres emblématiques de la modernité. Dans la seconde partie de sa vie, Fayet, qui a légué ses terres à ses enfants, prend la décision de se consacrer entièrement à sa propre pratique : peintre, aquarelliste, céramiste, décorateur, il expose dans les plus grands salons des œuvres notamment marquées par l’influence de son ami Odilon Redon, et participe pleinement à l’invention d’un nouvel art de vivre où beaux-arts et arts décoratifs fusionnent.
Figure discrète
Après sa mort prématurée à l’âge de 60 ans, sans que Gustave Fayet ait pu organiser le devenir de son inestimable collection, les œuvres qui la composent sont dispersées entre les plus grands musées du monde et de nombreuses collections privées. Un siècle après sa disparition, une exposition présentée à la Fondation Louis Vuitton, à Paris, remet en lumière cette figure discrète dont l’art aura irrigué tous les aspects de la vie, et pour qui collectionner et créer s’unissaient dans un même élan. Avec la participation d'historiens de l'art renommés – notamment la conservatrice Sylvie Patry –, ce documentaire, riche d’archives inédites et d’œuvres majeures ou rarement montrées, retrace une aventure artistique singulière, qui témoigne d'un engagement esthétique total au service de la modernité.