Dans le Nouveau Testament, Marie-Madeleine, ancienne pécheresse libérée par Jésus, apparaît comme le premier témoin de sa résurrection. D'où vient sa chevelure, symbole de son passé supposé de séductrice ? Dès les débuts du christianisme, une fusion s'est opérée entre elle et deux autres personnages des Évangiles : d’une part Marie de Béthanie, qui boit les paroles du Seigneur, et d’autre part la femme impie, anonyme, dont elle tient sa crinière et… sa mauvaise réputation. Plus tard, on la confondra aussi avec Marie l'Égyptienne, une prostituée repentie devenue ermite dans le désert (ou une grotte). Il faudra attendre 1969 pour que le pape Paul VI réhabilite cette sainte, non plus fêtée comme une simple pénitente, mais comme une disciple du Christ.
Traversée ludique
Qu'elle apparaisse velue de la tête aux pieds, coiffée d'un entrelacs sophistiqué de nattes, en Vénus à peine couverte par ses mèches rousses ou ressuscitée en Kim Kardashian, les représentations successives de Marie-Madeleine témoignent de l'évolution de sa légende au fil du temps, et plus généralement de la place des femmes dans les sociétés qui les ont produites. Des réécritures misogynes de l'Église à sa récente revanche, Isabelle Brocard (Tout sur Marie) et ses intervenants (historiens de l'art, exégète, sociologue...) brossent un portrait au poil, à la fois drôle et érudit, de cette figure longtemps stigmatisée, dont la chevelure fut un objet de condamnation et de désir.