Tour à tour meurtri par la dictature de Saddam Hussein, l'occupation américaine, la guerre civile et l'oppression de l'État islamique, l'Irak connaît depuis plusieurs années une stabilité politique relative. Mais le pays est confronté à une grave crise sanitaire, marquée notamment par une explosion des maladies rénales. En cause : la pénurie d'eau douce – provoquée par la désertification, des infrastructures insuffisantes et des tensions géopolitiques autour du partage des ressources hydriques – et les vestiges toxiques des guerres (bombes, missiles, munitions), qui contaminent les sols et les cours d'eau. Alors que la pauvreté frappe près d'un quart de la population, en particulier les jeunes, certains Irakiens cherchent ainsi à vendre un rein au marché noir pour assurer leur survie. C'est le cas de Hussein, 31 ans, qui ne parvient pas à joindre les deux bouts malgré ses deux emplois. Livrée à elle-même après son divorce, Oum Yousef, elle, souffre des séquelles de l'opération subie deux ans plus tôt, à laquelle elle s'est résolue pour payer les soins de son enfant autiste.
Commerce de la détresse
Des quartiers pauvres de Bagdad au Kurdistan irakien, région autonome où prospère ce commerce illégal, Nancy Porsia et Mario Poeta donnent la parole à des malades dialysés, à des "donneurs" poussés par la précarité, mais aussi à des femmes et des hommes qui luttent tant bien que mal contre un fléau sur lequel les autorités continuent de fermer les yeux. Retraçant l'histoire chaotique du pays, leur enquête s'appuie également sur des analyses d'experts, qui montrent que la catastrophe en cours et l'aubaine qu'elle représente pour le crime organisé ne sont que les symptômes de maux plus profonds : dérèglement climatique, défaillance du système de santé, désorganisation de l'État et corruption endémique.