Son premier long métrage, Les poings dans les poches (1965), a fait l’effet d’une bombe. Marco Bellocchio, né en 1939 dans un village d’Émilie-Romagne, y pulvérise les carcans bourgeois et religieux à travers le portrait d’une famille dégénérée mue par des pulsions incestueuses et destructrices. Après ces débuts fracassants et un engagement dans le cinéma militant, le réalisateur trouve dans la psychanalyse collective un remède à la crise politique et artistique qu’il connaît à la fin des années 1970. Ses films se font plus symboliques, mais aussi plus confidentiels (Le diable au corps, Le rêve du papillon…). Sa rupture avec le psychiatre Massimo Fagioli amorce une nouvelle ère de création. Sans renoncer à son exigence, Marco Bellocchio cherche désormais à comprendre plutôt qu’à choquer, la rage s’effaçant peu à peu devant la tendresse. En résulte une série de chefs-d’œuvre acclamés tant par la critique que le public : Buongiorno, notte (suivi, des années plus tard, de la série Esterno notte, sur l’assassinat d’Aldo Moro), Vincere, Le traître, L’enlèvement, mais aussi le documentaire Marx peut attendre, dans lequel il affronte, avec ses proches, le traumatisme du suicide de son frère jumeau Camillo...
Obsessions intimes
Balayant, sur près de six décennies, ses réalisations majeures, illustrées d’extraits choisis, ce documentaire décrypte les ressorts d’une filmographie éprise d’émancipation, qui capture l’essence de la condition humaine sur fond d’histoire sociale et politique de l’Italie. Marco Bellocchio lui-même y évoque les thématiques, profondément intimes, qui la façonne depuis l’origine : la famille, la religion, l’inconscient, le pouvoir... Complétées par les analyses de ses proches (son fils acteur Pier Giorgio Bellocchio, son épouse, la monteuse Francesca Calvelli), de critiques de cinéma et de comédiens qu’il a dirigés (Fabrizio Gifuni, Fausto Russo Alesi, Barbora Bobulova, Paola Pitagora…), ses confidences donnent un aperçu de son cheminement artistique et personnel, mais aussi de ses méthodes de travail. "Il y a toujours un moment, pendant l’écriture, mais surtout pendant le tournage, où je me reconnais. Une fantaisie, une imagination supplémentaire surgit des relations avec les acteurs, avec la situation", décrit-il. Entre révolte et tendresse, rêve et réalité, portrait d’un créateur insatiable, qui revient en cet automne avec la série Portobello, coproduite par ARTE France.