Sainte-Gudule, petite ville du département du Nord, en 1977. La cinquantaine avenante sous sa choucroute laquée, Suzanne Pujol, née Michonneau, coule sans se plaindre des jours aussi oisifs que monotones. Aux rebuffades de son tyrannique époux, qui entend régner dans son ménage comme à l'usine de parapluies qu'elle a pourtant héritée de son père, elle oppose un front soumis ; et quand leur peste de fille la traite de "potiche" pour son anniversaire, son irréprochable vernis bourgeois semble à peine se fendiller. Ce soir-là, alors que la famille réunie attend le maître des lieux, la secrétaire (et maîtresse presque officielle) de celui-ci vient annoncer, éperdue, qu'il est séquestré par ses ouvriers en grève. À la stupéfaction générale, Suzanne a alors "une idée" pour débloquer la situation…
De Maillan à Deneuve
Avec son efficacité coutumière, teintée de subversion, le touche-à-tout Ozon s'empare d'un classique du théâtre de boulevard pour peindre un tableau ravageur des années 1970 et d'un machisme qui ne tremble pas encore sur ses bases. Dans des décors et costumes reconstituant avec jubilation les pires outrances de l'époque, son casting de haute volée se montre à la hauteur, surjouant avec brio des excès tout aussi assumés portés par les personnages. Mais si Jérémie Rénier et Karin Viard excellent dans cet exercice périlleux, Catherine Deneuve se montre véritablement royale dans un rôle-titre inauguré en 1980, sur les planches, par Jacqueline Maillan. Qu'elle s'extasie, telle une Blanche-Neige sur le retour, à la vue de lapins en train de copuler, ou qu'elle étincelle dans une improbable "choré" avec son vieux complice Gérard Depardieu, elle insuffle à sa Suzanne un détonant mélange de superbe et de ridicule, d'émotion et de rouerie, surprenant de bout en bout sans jamais pourtant cesser d'être "Deneuve". Du grand art.