Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, alors que les Blancs s'agitent mollement sur les pistes de danse, la Motown tente une percée timide à la télévision, tiédissant ses chorégraphies et sa musique pour ne pas "effaroucher" le public. On reste encore loin du funk (littéralement "odeur de sueur", insulte traditionnellement adressée aux Noirs par les WASP), et son extravagance musicale endiablée. Il faut attendre le mitan des années 1960, ses mouvements sociaux en quête d'un refrain à fredonner et l'arrivée de "the one", concept musical popularisé par un certain James Brown : le chanteur préconise à ses musiciens d’appuyer fortement sur le premier temps de chaque mesure – l’effet dansant est immédiat. En empruntant également à la musique gospel le "vamp", ou la répétition en boucle d'une poignée d'accords qui fait la part belle aux solistes, "Mister Dynamite" popularise ce qui sera bientôt baptisé "funk". L'intention de ce nouveau mouvement musical ? Un groove, porteur aussi des luttes afro-américaines.
Au pays du déhanché
Historiens, critiques et musiciens (dont Marcus Miller, Questlove et George Clinton) partagent leur amour du funk dans ce documentaire très complet de Stanley Nelson et Nicole London, qui balaie cinquante ans d'une épopée musicale déchaînée. De l'invention du "slapping" par Larry Graham (technique de jeu qui consiste à "gifler" les cordes de sa basse), jusqu'aux héritiers modernes (Bruno Mars, D’Angelo, mort en 2025), en passant par la collection de looks improbables – la palme revenant aux couches-culottes en lamé argenté du collectif psychédélique Parliament-Funkadelic –, une odyssée groovy au pays du déhanché, qui s'autorise un instructif détour par le continent africain, où le funk du Nigérian Fela Kuti, par exemple, lança l'afrobeat.