En vacances dans un luxueux hôtel suisse, comme chaque année depuis vingt ans, Fred Ballinger, compositeur réputé désormais retraité, refuse poliment mais fermement les propositions de ceux qui voudraient le voir conduire à nouveau un orchestre. Il préfère imaginer des symphonies de poche où passent le bruit du vent, le tintement des cloches des vaches et le froissement des papiers de bonbon. Mick Boyle, son vieil ami réalisateur, est en revanche loin d’avoir rendu les armes. Il prépare un nouveau film avec une bande de jeunes scénaristes qu’il regarde affectueusement s’échiner. Tous deux approchent de leurs 80 ans.
Partir en beauté
Au fil des jours et des personnes rencontrées ou croisées (Miss Univers, en vacances à l’hôtel, pour une "dernière idylle" voyeuriste, un acteur qui cherche l’inspiration, une star mondiale du football loin de sa gloire passée...), Michael Caine et Harvey Keitel composent brillamment deux images en miroir de la vieillesse. Opposés sur de nombreux points, leurs personnages s’accordent pourtant sur une forme de sagesse : face à l’inéluctabilité de la déchéance et de la mort, ils savent accueillir la consolation qu’apportent la tendresse et parfois, fugace et inattendue, l'irruption du sublime. Paolo Sorrentino (La grande bellezza, Il Divo) filme l’hôtel suisse et ses résidents silencieux, réduits aux contingences de leur condition. Comme une antichambre du néant où chacun médite sur sa vie passée et se démène une dernière fois pour réussir la cascade ultime : partir en beauté. Un chef-d’œuvre.