Francis, réfugié de Guinée-Bissau, débarque à Berlin après le naufrage en Méditerranée du canot qui l'amenait clandestinement en Europe, et dont il est le seul survivant. Bien décidé à gagner sa vie honnêtement, le jeune homme entreprend de trouver du travail comme ouvrier. Mais il déchante rapidement : pour un sans-papiers comme lui, rester dans le droit chemin semble matériellement impossible. Francis se trouve bientôt recruté par Reinhold, trafiquant toxique et survolté qui l'entraîne dans le monde de la nuit, puis - malgré sa résistance initiale - dans la spirale du banditisme. Rebaptisé Franz par son nouveau mentor, qui s'affaire bientôt à le modeler à son image, le jeune réfugié croit trouver le salut dans les bras de Mieze, jeune prostituée qui le prend sous son aile après un grave accident de voiture, et dont il tombe amoureux. Mais à peine la tête sortie de l'eau, Franz replonge de plus belle...
Fresque hallucinée
Adaptant librement, près d'un siècle après sa parution - et quarante ans après la série culte de Fassbinder - le chef-d'oeuvre polyphonique d'Alfred Döblin, le réalisateur germano-afghan Burhan Qurbani en modernise le propos de manière radicale, en imaginant un réfugié sans papiers dans la peau de Franz Biberkopf, antihéros en quête de rédemption. Il transpose également à l'image l'audace formelle du roman, saturant les sens dans un tourbillon de musique, de mouvements et de couleurs. Parabole sur l'impossibilité d'échapper à sa condition sociale, pareille au destin funeste d'une tragédie antique, c'est une fresque ample et hallucinée, d'une théâtralité presque expressionniste, fidèle à l'ambition de son modèle.