Olivier Père

La Mort en ce jardin de Luis Bunuel

ARTE propose une soirée dédiée à Luis Bunuel lundi 27 septembre avec la diffusion de deux films : La Mort en ce jardin (1956) à 20h55 et Le Charme discret de la bourgeoisie (1972) à 22h40. Deux titres associés à deux périodes différentes de la carrière française du cinéaste aragonais. A la fin des années 40, en raison de ses convictions politiques et de la censure franquiste, Bunuel s’est exilé au Mexique où il tourne de nombreux films plus ou moins personnels. Dans les années 50, il signe deux coproductions franco-mexicaines qui amorcent son retour en Europe au début de la décennie suivante : La Mort en ce jardin et La fièvre monte à El Pao. La Mort en ce jardin est un film d’aventures interprété par des vedettes françaises (Simone Signoret, Charles Vanel, Georges Marchal, Michel Piccoli) et entièrement tourné au Mexique. Il témoigne de la capacité du cinéaste à insuffler des thèmes et des obsessions qui lui sont propres au sein d’un système cinématographique commercial. A l’époque, d’autres productions de prestige prennent comme cadre l’Amérique centrale, comme Le Salaire de la peur de Clouzot ou Les Orgueilleux d’Yves Allégret. L’exotisme s’y mêle à des considérations politiques et psychologiques. Bunuel situe l’action de son film dans un pays imaginaire d’Amérique latine à la frontière du Brésil, où gronde la révolte de prospecteurs de diamants exploités par un despote local. C’est dans ce contexte explosif que va se constituer un groupe hétéroclite contraint à la fuite dans la jungle : un aventurier, une prostituée, un missionnaire, un vieux trafiquant enrichi et sa fille sourde-muette (interprété par la débutante Michèle Girardon).

Des péripéties violentes dignes d’un serial offrent à Bunuel l’occasion de créer de saisissantes images surréalistes, et de bâtir un huis-clos en pleine nature hostile, chargé de tension sexuelle, où tombent les masques de la société pour révéler la vérité cachée de chaque personnage. Bunuel y exprime avec virulence sa haine de tous les systèmes d’oppression, de l’hypocrisie des bigots et du pouvoir corrupteur de l’argent. Il oppose à une société décadente l’innocence et la pureté d’une jeune fille et l’intégrité de son héros, qui refuse la moindre entrave à son indépendance. Ce récit de survie teinté de symbolisme posa plusieurs problèmes d’adaptation à Bunuel, qui bénéficia de l’aide de Raymond Queneau, également auteur des superbes dialogues poétiques de la version française. Réputé mineur, La Mort en ce jardin n’en demeure pas moins une géniale incursion de Bunuel dans le cinéma d’aventures, avec une très belle utilisation de la couleur, doublée d’un hymne à la résistance et à la liberté.

La Mort en ce jardin est également disponible gratuitement en télévision de rattrapage sur ARTE.tv jusqu’au 4 octobre. ARTE diffusera prochainement deux autres films de Luis Bunuel, L’Ange exterminateur (1962) le 29 janvier et Cela s’appelle l’aurore (1956).

Le Cinemed (Festival international du cinéma méditerranéen à Montpellier) proposera lors de sa prochaine édition du 15 au 23 octobre 2021 une rétrospective des films de Luis Bunuel.

Catégories : Actualités · Sur ARTE

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