Olivier Père

Chasseur blanc, cœur noir de Clint Eastwood

ARTE diffuse dimanche 5 septembre à 20h55 Chasseur blanc, cœur noir (White Hunter, Black Heart, 1990) de Clint Eastwood. Il s’agit de l’adaptation du roman homonyme de Peter Viertel, qui revenait sur son expérience africaine auprès de John Huston en 1951, sur le tournage de African Queen dont il avait écrit le scénario. Huston, rebaptisé Wilson, est présenté comme une tête brûlée, aventurier couvert de dettes, cavalier et chasseur émérite qui entreprend ce nouveau film pour pouvoir participer à un safari. Il devient bientôt obsédé par un éléphant aux grandes défenses, pour lequel il délaisse la préparation du tournage, au désespoir de son producteur. L’entourage de Wilson, à commencer par Viertel (alias Verrill dans le film) désapprouve son attitude irresponsable. Verrill lui reproche de vouloir tuer un animal pour son simple plaisir. Wilson lui rétorque que tuer un éléphant ne constitue pas un crime, mais un péché. La quête passionnée de Wilson acquiert une dimension blasphématoire, au même titre que la poursuite de la baleine blanche par le capitaine Achab, dans le roman de Melville porté à l’écran par Huston cinq ans après la réalisation de African Queen. La folie et la mégalomanie de Wilson conduiront à une tragédie qui seule pourra stopper l’impudent désir du cinéaste, et le contraindre à se mettre enfin au travail. Même si Chasseur blanc, cœur noir s’inspire d’événements réels, Clint Eastwood et les auteurs du scénario n’ont pas voulu mettre en scène un film biographique sur John Huston, et prennent de nombreuses libertés avec les faits. Il n’empêche qu’il est surprenant de voir Eastwood créer un personnage qui n’obéit pas à sa propre mythologie, mais prend racine dans une autre figure virile légendaire de Hollywood. C’est plutôt au sujet des réflexes anarchisants de Wilson et son exaspération devant le racisme et l’antisémitisme de la bonne société blanche du Zimbabwe que l’on retrouve des caractéristiques propres à Eastwood. Ce n’est pas la première fois que le réalisateur-acteur incarne un artiste et s’intéresse aux chemins tortueux de la création. Déjà dans Honkytonk Man, l’un de ses meilleurs films, il évoquait les rêves et la mort d’un chanteur de country plombé par la maladie et la malchance. Bird relatait l’épopée intime de Charlie Parker, saxophoniste génial au destin tragique. Chasseur blanc, cœur noir brosse en définitive le portrait de l’antihéros le plus négatif de toute la filmographie d’Eastwood, dont la violence n’est pas seulement autodestructrice mais aussi coupable de drames humains irréparables.

 

 

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Un commentaire

  1. Régine Dupuy dit :

    Superbe film !

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