Olivier Père

A Touch of Zen de King Hu

ARTE.tv propose de voir ou revoir pendant tout l’été cinq titres remarquables du cinéma de genre asiatique (Japon et Hong Kong), parmi lesquels A Touch of Zen (Hsia nu, 1971) de King Hu. Un cycle de trois films japonais à l’antenne complètera cette offre.

En 1966, King Hu réalise un fleuron du « wu xia pian » (films d’arts martiaux à costumes) : L’Hirondelle d’or (Come Drink With Me). Cette histoire de détectives et de conspirateurs est une des plus belles réussites commerciales et artistiques des studios Shaw Brothers. Elle fixe les règles du genre et inaugure l’œuvre d’un cinéaste artiste, véritable calligraphe de l’écran qui poursuivra dans ses rares films suivants ses éblouissantes compositions plastiques. A Touch of Zen et Raining in the Mountain, productions taïwanaises indépendantes, sont sans aucun doute les chefs-d’œuvre de leur auteur, des sommets de raffinement et de spiritualité. Le premier va révéler King Hu dans les années 70 au public occidental grâce à un prix au Festival de Cannes où il présenté en compétition en 1975. L’effet de sidération provoqué par la découverte simultanée des combats acrobatiques, de la splendeur des images et de la philosophie bouddhiste est encore intact et A Touch of Zen n’a pas usurpé sa réputation de film mythique.

 

Il faudra environ quatre ans de tournage et de montage pour accoucher d’un film sublime de près de trois heures, puisant sa source dans plusieurs textes littéraires et transcendant toutes les règles connues du cinéma chinois et du « wu xia pian » classique, tant sur le plan de la narration que de la mise en scène. King Hu opte pour une forme maniériste, avec usage modéré du split screen, du ralenti et des jets d’hémoglobine, sans doute influencée à la fois par les films épiques de Akira Kurosawa. La virtuosité narrative de A Touch of Zen est aussi éblouissante que sa photographie (splendeur plastique des cadres et des images) et ses mouvements de caméra. Le film procède à plusieurs retours en arrière, dont le première survient en son milieu pour éclairer les actions précédentes et les motivation des personnages, en particulier un mystérieuse jeune fille recherchée pour trahison par la police politique et dont le père a été assassiné par les sbires du grand eunuque Wei.

Ce n’est pas un hasard si l’un des protagonistes principaux de A Touch of Zen est un artiste calligraphe et un lettré, et apparence naïf et maladroit – adulte, il vit encore avec sa mère qui se désespère de lui trouver un épouse – mais dont la connaissance de l’histoire des stratégies militaires lui permettra d’élaborer le plan de la longue bataille finale. Comme souvent chez King Hu la précision et la virtuosité du trait de pinceau sur le papier rejoignent la souplesse des combattants capables de prouesses et d’une agilité surhumaine lors de combats aériens dans des décors naturels. Le personnage du calligraphe devient une projection du metteur en scène à l’intérieur de son propre film, dépourvu des qualités martiales de ses héros mais capable de modifier le cours du récit grâce à son érudition et à son intelligence, en organisant des stratagèmes puisés dans l’art de la guerre pour déjouer les ennemis, et en inventant des histoires de fantômes et de citadelles hantées. Grand film de mise en scène donc, mais aussi grand film sur la mise en scène.

 

Cette longue bataille nocturne est littéralement « décryptée » au petit matin avec son « concepteur » qui dévoile au spectateur ce qu’il n’a pas pu voir – ou seulement aperçu – pendant la scène. Aux « vrais » cadavres se mélangent les mannequins et autres simulacres qui ont permis la victoire des héros. Victoire qui dévient dérisoire – le vainqueur passe du rire triomphal à l’effroi – quand on découvre le nombre des victimes gisant sans vie dans un paysage de ruine. A Touch of Zen est empreint comme son titre anglais l’indique – de croyance et de philosophie bouddhiste.

Les interventions régulières et salutaires de moines pèlerins, jusqu’au combat final avec un chef de la police super méchant – Ying-Chieh Han, le même acteur qui interprétait le diabolique « big boss » face à Bruce Lee – apportent la dimension spirituelle et même surnaturelle de ce film immense et aux ramifications riches et multiples.

Disponible gratuitement sur ARTE.tv du 1er juin au 31 août 2020.

 

 

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2 commentaires

  1. Martin dit :

    Bonjour Monsieur Père,

    Merci pour cette bonne nouvelle. J’espère que la période n’a pas été trop difficile pour vous et vos proches.
    Est-ce que l’on peut connaître le titre des autres films asiatiques diffusés cet été, que ce soit sur le Net ou à l’antenne de la télé ?

    Merci encore pour toutes ces belles programmations que nous offre Arte !

    • Olivier Père dit :

      Bonjour merci pour votre message. Cet été vous pourrez aussi voir ou revoir sur notre antenne deux sublimes chefs-d’oeuvre du cinéma japonais La Forteresse cachée de Akira Kurosawa, Une femme dans la tourmente de Mikio Naruse, et un titre beaucoup plus récent et excentrique, mais que j’aime beaucoup, Saya Zamurai de Hitoshi Matsumoto. Les films seront disponibles en replay. Bien à vous,

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