Olivier Père

La Dernière Séance de Peter Bogdanovich

ARTE consacre la soirée du lundi 17 juin à Peter Bogdanovich avec la diffusion de deux de ses meilleurs films : La Dernière Séance (The Last Picture Show, 1971) à 20h55 et Jack le Magnifique (Saint Jack, 1979) à 22h55. Ce deuxième titre sera également disponible gratuitement en télévision de rattrapage sur ARTE.tv du 17 au 23 juin.

La Dernière Séance est le deuxième long métrage de Peter Bogdanovich et son premier gros succès critique et public qui l’intronise parmi les wonder boys du Nouvel Hollywood, à l’orée des années 70. Bogdanovich est un jeune cinéphile passionné par le cinéma classique américain, auteur de nombreux entretiens avec les pionniers de Hollywood encore en vie, et qui a fait ses classes auprès de Roger Corman, sur des tournages ou de montages de films d’exploitation. Adapté d’un roman de Larry McMurty, La Dernière Séance est une chronique provinciale qui s’attache à quelques habitants d’un bled paumé du Texas. Le film suit particulièrement les premiers émois sexuels et amoureux de jeunes garçons et filles, bloqués dans une ville sans avenir. Anarene est un patelin en train de s’éteindre lentement, victime d’une crise aussi bien culturelle qu’économique. La fermeture du dernier cinéma de la bourgade, qui donne son titre au film, symbolise cette décadence. Parmi les cinéastes de sa génération, Bogdanovich a entretenu la particularité de ne jamais céder à des effets modernistes ou maniéristes, en restant extrêmement fidèle, jusqu’à la dévotion, au style des réalisateurs hollywoodiens des années 30 ou 40. Cela se traduit dans La Dernière Séance par le choix du noir et blanc, avec une photographie somptueuse de Robert Surtrees, vétéran de Hollywood qui avait travaillé avec William Wyler, John Ford ou George Cukor. Le néo-classicisme de Bogdanovich n’a pourtant rien d’un repli passéiste et d’un refus des perspectives nouvelles offertes aux productions de la fin des années 60 et du début des années 70. Son goût d’une certaine continuité formelle avec Hawks ou Ford ne l’empêche pas de décrire des situations scabreuses et d’aborder des sujets comme l’adultère, l’impuissance ou la perte de la virginité avec une franchise qu’aurait désapprouvé ses aînés. C’est en effet le sexe qui occupe une majeure du récit, comme substrat à la volonté de s’extraire d’une vie morose et dénuée d’intérêt. La Dernière Séance continue d’émouvoir par son ton élégiaque, et offre à Ben Johnson, acteur de second rôle et figure récurrente de l’œuvre de John Ford, un rôle enfin à sa mesure, qui lui permet de rejoindre John Wayne dans un registre crépusculaire. La Dernière Séance est également remarquable par sa capacité à exposer de jeunes acteurs dont la modernité du jeu empêche le film de Bogdanovich de se limiter à un exercice d’admiration. Timoty Bottoms, Jeff Bridges, Cybill Shepherd insufflent une énergie et une candeur juvéniles à un projet mélancolique. Leur talent et leur beauté demeurent l’attraction majeure d’un film remarquablement écrit et interprété dans son ensemble. Pour sa toute première apparition à l’écran, Cybill Shepherd se révèle admirable et compose un personnage de jeune femme impossible à oublier.

 

La Dernière Séance est également disponible dans un coffret collector DVD et Blu-ray édité par Carlotta, avec de nombreux suppléments.

Cybill Shepherd et Timoty Bottoms dans La Dernière Séance de Peter Bogdanovich

Catégories : Actualités · Sur ARTE

2 commentaires

  1. jfc dit :

    Je connaissait le titre… mais pas le film. En effet, un chef d’œuvre que j’ai raté ; né en 1962, j’étais trop jeune… et ce n’était pas un film de ciné-club des années 80…
    Merci pour cette — première — séance… de rattrapage.

  2. Kart dit :

    Un film aussi magnifique que l’interprétation pour son premier rôle de Cybill Shepherd.

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