Olivier Père

Mon oncle d’Amérique de Alain Resnais

Mon oncle d’Amérique (1980), première des trois collaborations avec le scénariste de la Nouvelle Vague Jean Gruault est l’une des plus grandes réussites du cinéma d’Alain Resnais, qui délaisse la compagnie des écrivains pour puiser son inspiration dans l’imaginaire des savants.

Le film suit les itinéraires professionnels et amoureux de trois personnages, un ambitieux intellectuel, une actrice et un directeur technique, tous nés en Bretagne (comme Resnais) mais de milieux différents, confrontés à des théories scientifiques sur le comportement des rats.

Gérard Depardieu dans Mon oncle d'Amérique

Gérard Depardieu dans Mon oncle d’Amérique de Alain Resnais

Le film est né de la rencontre entre Resnais et les théories du professeur Henri Laborit sur le cerveau et le comportement humains, et aussi la mémoire, sujets de recherches qui ne pouvaient qu’intéresser le cinéaste de Hiroshima mon amour. Au-delà des spéculations scientifiques que le film illustre, Mon oncle d’Amérique est une radioscopie de la France, une analyse des symptômes du « mal-être » et de l’angoisse sociale, des troubles psychosomatiques qui frappent ses personnages à la poursuite de leurs rêves (ils s’identifient depuis l’enfance à des vedettes du cinéma français populaire : Darrieux, Gabin ou Jean Marais) et qui se cognent à la réalité. Comme toujours chez Resnais, le film est un curieux mélange d’avant-garde et de théâtre vieillot, de romanesque et d’expérimentation. Il ne s’agit pas d’appliquer sur le scénario une « grille » scientifique, mais de mêler dans un film de fiction deux différents types de récit, le romanesque constitué par les destins croisés de deux hommes et une femme et le scientifique sous la forme d’exposés de Laborit. Resnais se soucie à la fois de didactisme et de formalisme. Il est important que son film apporte des réponses sur la vie en général, mais ces investigations sociologiques et psychologiques s’accompagnent d’un travail complexe sur la construction narrative, qui passe essentiellement par le montage. Il s’établit alors dans ce véritable « film laboratoire » un jeu de correspondances musicales entre l’histoire inventée par Resnais et son scénariste Jean Gruault, volontairement proches du théâtre de boulevard, et les idées contestées de Laborit. Le savant transformé en conteur accepta la règle du jeu de Resnais en ignorant tout de l’histoire de Mon Oncle d’Amérique au moment du tournage.

Mon oncle d’Amérique est « une sorte de documentaire plaqué sur la fiction (et vice versa) » selon la formule de Resnais, véritable « petit chimiste » qui aimait faire des expériences et reculer les limites du cinéma, entraînant ses acteurs – tous excellents – et les spectateurs dans une aventure stimulante et passionnante.

Mon oncle d’Amérique ressort en salles en version restaurée mercredi 24 octobre, distribué par Potemkine Films.

Catégories : Actualités

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *